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L’Église, selon le mot du Cardinal Marty, considère comme
l’une des activités essentielles de sa mission : « l’évangélisation
des marginaux ». Le Pape Jean XXIII avait pour sa part, demandé
aux Pères du Concile œcuménique Vatican II, de «
transporter les vérités éternelles en termes de
tous les jours ». Teilhard en a exposé les principes à
ses supérieurs dans sa « Note pour l’Évangélisation
des Temps nouveaux » du 6 Janvier 1919.
Croire en Dieu, ne pas y croire : là n’est pas la question !
Bien que prêtre, il entreprendra la justification de la foi à
partir de ce qu’admettent pour vrai les scientifiques du moment, positivistes,
adorateurs de la matière, comme il les appelle.
A ceux qui croient voir dans les phénomènes de la nature
la seule réalité, qui professent l’évolution comme
un dogme matérialiste, Teilhard démontre qu’ils n’y croient
pas assez. Quand l’évolution aboutit au phénomène humain,
elle se révèle esprit, réalité d’un type nouveau,
même pour un matérialiste. Et à ceux des Chrétiens
qui ne le suivent déjà plus, il précise : la nature
en évolution peut dire Dieu, car « le Dieu de la Bible n’est
pas différent du Dieu de la nature ». Ainsi, anticipant Vatican
II qui rappellera que la Parole n’est pas exclusivement biblique, Teilhard
suggère que la Parole était déjà présente
avant la Bible. C’est pourquoi il n’exige de son lecteur ni acte de foi
initial, ni démonstration des « preuves de Dieu ».
Pour être comprises, dans leur fond et dans leur forme, les pages
qui suivent supposent que le lecteur ne se méprendra pas sur l’esprit
dans lequel elles ont été écrites.
Ce livre ne s’adresse pas précisément aux chrétiens
qui, solidement installés dans leur foi, n’ont rien à apprendre
de ce qu’il contient. Il est écrit pour les mouvants du dedans et
du dehors, c’est-à-dire pour ceux qui, au lieu de se donner pleinement
à l’Église, la côtoient ou s’en éloignent, par
espoir de la dépasser.
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Dans l’histoire de l’évangélisation, il n’est peut-être
pas le premier à envisager comme prémisses du raisonnement
les « a priori » apparents du matérialisme
; Malebranche y avait pensé dans son Traité de morale. Teilhard
est
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incontestablement le premier a en avoir considéré toutes
les conséquences. Bien que l’ordre logique de présentation
des éléments divers de la catéchèse ait pu être
permuté selon les évidences successives des modes catéchétiques
: existence de Dieu, possibilité d’une Révélation, accomplissement
des prophéties, valeur probante des miracles, excellence de la vie
de l’Église... C’est par rapport à ces phases de l’apologétique
à l’ancienne que l’originalité de Teilhard se manifeste le plus,
quand on songe au contexte ecclésial de 1919 ou de 1926.
Teilhard entreprend donc de démontrer aux évolutionnistes que
leur dogme leur impose une réflexion sur l’avenir. « Le passé
nous révèle la construction de l’avenir. » La courbe de la
vie s’oriente au succès des formes toujours plus complexes, de psychisme
toujours plus élevé. « Nous sommes les sujets d’une
transformation organique profonde de type collectif. Ce n’est pas dans la direction
d’individus supercérébralisés (le surhomme), mais dans celle
de groupements supersocialisés qu’il faut s’orienter, si l’on veut deviner
la figure de la super-humanité. » L’humaniste intégral
n’est plus celui qui, à lui seul, saurait tout sur l’homme, mais celui
qui serait le plus apte à « cohérer » avec les
autres dans ces « psychismes associés » auxquels excellera
l’homme de demain. Il y aura un « Esprit de la Terre », puis
un « Esprit des esprits » : « Dieu se fait »
ou l’Évolution nous fait prendre conscience de « Dieu, ensemble
des ensembles ».
En somme, « la science ne tend à rien d’autre qu’à
nous découvrir le visage de Dieu ». Dans son Journal de
Guerre, Teilhard suggère que lorsqu’elle parviendra à l’étude
de l’ultraphysique (des particules), la science découvrira l’Archi-matière,
nom laïque qu’elle donnera à la réalité fondamentale
que la théologie appelle Dieu. Dans leurs intuitions les plus récentes,
les sciences sont parvenues au contact avec la matrice invisible, transcendant
le temps et l’espace, dotée de tous les attributs que le catéchisme
de notre enfance énonçait en faveur de Dieu ! Même des
savants russes et marxistes entre autres ont établi que ce champ fondamental
était « conscience »...
Au récent Colloque de Cordoue, intitulé « Science et
Conscience » et organisé par France-Culture, les physiciens
ont paru les plus religieux des experts présents. Le Père Russo
dans les Études, a heureusement souligné que l’enjeu de ce Colloque
correspondait directement à l’orientation de la recherche de Teilhard.
Le Docteur Chauchard et le signataire de ces lignes, avons suffisamment «
claironné Teilhard » à Cordoue, selon le mot d’un
journaliste, tellement sur place tout cela nous paraissait évident.
Bien que quelques traces seulement de nos messages aient pu franchir la barrière
du « montage », ce qui a été répandu
sur les ondes de France-Culture suffit à faire comprendre la justesse
de l’intuition de Teilhard :
« Que se rencontrent et se reconnaissent les divers types de pensées
scientifiques et de foi religieuse actuellement répandues à
travers le monde, avec l’idée arrêtée de pousser jusqu’au
bout leur mise en présence et leur mutuelle
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