Teilhard, ce Galilée des temps modernes

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Enterré à la sauvette comme Voltaire, son arrière-grand-oncle, et dans un cimetière désormais à l'abandon, Teilhard, que son Ordre avait tenté de réduire au silence, était coupable d'avoir fait peur à l'Église, autant pour ses idées scientifiques que pour leurs conséquences religieuses. Galilée des temps modernes, comme lui trop en avance sur son temps, il aurait voulu modifier les méthodes de la pensée religieuse aux sources de laquelle il voyait bien sûr, comme tout chrétien, la Bible, mais en plus et surtout, le grand livre de la Nature. 
Teilhard, dès l'enfance, fut un passionné des sciences de la nature. Né le 1er mai 1881, à Sarcenat, près d'Orcines au flanc du Puy-de-Dôme, comme Pascal, le jeune Pierre sera instruit dans sa famille jusqu'à son entrée à onze ans dans un Collège de Jésuites. Son père lui a donné un tel goût des sciences que jamais il ne cessera, pendant toutes ses études, même jeune jésuite et jusqu'à son ordination en 1911, de rechercher et collectionner insectes, minéraux et fossiles, de les adresser avec commentaires, à des musées, si bien qu'il sera nommé professeur de sciences au Collège du Caire de 1905 à 1908.
La Guerre de 1914 interrompt ses études scientifiques qu'il reprendra ensuite. Dès son doctorat de sciences, il devient professeur de Géologie à l'Institut catholique de Paris (1922).
Mais son enseignement sur l'évolution semble difficilement conciliable avec la façon dont l'Église jusqu'alors a compris les premières pages de la Bible, la Création et le péché originel.
La Bible présente, d'une manière fixiste, établie une fois pour toutes, les espèces vivantes et l'homme créés par Dieu. Adam et Eve ont déjà notre silhouette, nos façons de penser et de juger. Or, pour Teilhard, paléontologue, les animaux et l'homme sont issus d'une sorte d'arbre généalogique, ils se sont transformés en progressant constamment vers un cerveau plus complexe anatomiquement, signe d' une pensée de plus en plus accomplie. L'homme a donc évolué avant d'être ce qu'il est devenu, et dans ce cas, à quelle forme de vie pré-hominienne Adam et Eve ont-ils appartenu ? Un opposant de cette théorie de l'évolution copie une note de Teilhard à ce sujet et l'envoie à Rome.
Pour le protéger, plus que pour le sanctionner, la Compagnie de Jésus fait partir le savant pour la Chine. En dix voyages et d'innombrables campagnes de fouilles, Teilhard, devenu officiellement fonctionnaire chinois, "conseiller du Service géologique national de Chine" (1929-1937), se révélera comme l'un des plus éminents paléontologistes. Il participera, avec son équipe, à la découverte de l'homme de Pékin – le sinanthrope – qui vivait il y a 400.000 ans. Membre
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de plusieurs expéditions scientifiques dont la plus célèbre fut la Croisière Jaune (1931-1932), Teilhard pourra le premier établir la carte géologique de la Chine, de l'Est à l'Ouest et du Nord au Sud.
L'ÉTERNEL VOYAGEUR
Pour le compte des Fondations Rockefeller, Carnegie, Wenner Gren..., Teilhard procédera aussi à des fouilles en Inde, en Birmanie, à Java, en Afrique du Sud, à la poursuite du pithécanthrope, des australopithèques, ces pré-hominiens ou super-singes qui ressemblent le plus à l'homme. Son renom lui vaudra, par deux fois, l'offre d'une chaire au Collège de France et son élection à l'Académie des Sciences.  Mais à chacun de ses passages en France, le retentissement de ses conférences, la nouveauté de ses idées, poussent son Ordre à limiter son rayonnement en le renvoyant au loin. Bien que ses écrits circulent sous le manteau, diffusés par ceux qu'il a confirmés dans leur foi, Teilhard ne recevra jamais l'autorisation de publier les livres et opuscules qu'il écrivait pour expliquer comment tenter de concilier les certitudes de la science et celles de la foi. Teilhard de Chardin, par fidélité religieuse à ses vœux au Christ et par obéissance, acceptera ses exils à répétition et sa réduction au silence. Il en a extraordinairement souffert, pour lui-même et pour l'Église, dont il se rendait compte qu'elle souffrirait plus que lui encore du manque à gagner que constituait chaque retard apporté dans la diffusion de sa vision du monde.
Son œuvre, dont la publication n'est pas terminée, dépasse déjà 13.000 pages. Traduite en 22 langues, elle a été vendue par millions d'exemplaires. En Europe de l'Est, par exemple, chaque édition s'enlève en quelques jours. Il est au programme des universités comme auteur philosophique (ainsi à Varsovie, Cracovie, etc.). Teilhard, le premier dans l'Histoire de l'Église, a présenté les réalités spirituelles chrétiennes à la façon d'un naturaliste. Il tente d'entraîner ceux qui voient dans les phénomènes de la Nature la seule réalité, la seule vérité, à adhérer à sa propre conception du Monde :
«L'Univers est une Évolution.
L'Évolution va vers l'Esprit.
L'Esprit s'achève dans la Personne.
La Personne suprême est le Christ universel...»

Ainsi, pour ces scientifiques, «adorateurs de la Matière», comme il les appelle, il part de la Nature pour aboutir à Dieu.
Pionnier d'une nouvelle méthodologie
Cette façon de justifier la foi et de trouver Dieu à la fin de la démonstration, bouleverse le catéchisme, qui lui, au nom de la Bible, met Dieu en tête du raisonnement. Avec certaines de ces formules : telles que «l'esprit jaillit de la matière », et même «Dieu se fait», on comprend que Teilhard ait pu surprendre. En présentant les choses d'une manière évolutive, la pensée, l'esprit, le surnaturel, la grâce, ont l'air d'être spontanément en continuité avec la Nature, mais en prenant ce risque,
  Pierre Teilhard de Chardin, penseur universel
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