Le Christ universel

TEILHARD ET LA RELIGION UNIVERSELLE.

Les titres et les travaux du père Teilhard de Chardin, disait le professeur Piveteau, les honneurs dont il a été comblé auraient suffit à satisfaire n’importe quel scientifique... Teilhard a voulu faire profiter ses confrères et l’Église de son expérience scientifique pour résoudre leurs problèmes apologétiques. Il a été ainsi conduit à s’engager sur les voies de la philosophie et de la théologie, prenant, le premier, le parti d’enseigner les réalités spirituelles à partir des postulats du matérialisme méthodologique des sciences... Pour parler le langage des marginaux, il a l’air d’avoir quitté celui de la foi : il a assumé ce risque, heureux de voir combien de tièdes retrouvaient alors leur ferveur.
Les nombreux délégués non chrétiens au Colloque ont compris que Teilhard était aussi, comme d’autres, Shri Aurobindo par exemple, un introducteur à la religion universelle. Ils ont même demandé la création d’un organisme d’esprit teilhardien pour la recherche spirituelle et doctrinale en vue de cette convergence. Pour Teilhard : « Lorsqu’il y aura un Ultra-Humain, il y aura une Ultra-Religion », qu’il imagine sur l’axe romain, pour les chrétiens et christique pour tous, puisque le Fils, c’est le Verbe qui sous des noms divers est honoré dans toutes les traditions. C’est le « Christ universel», thème de la magnifique et incontestable conférence du père Martelet à Notre Dame : « L’Univers est la nouvelle Palestine du Christ».
Mais comment atteindre à l’unanimité humaine ? Elle vient sans heurt, sans viol des certitudes personnelles, dans le respect des différences, des cultures, des langages, comme une maturation jusqu’à ce que, dans la Parousie, le « Christ se réincarne en nos cœurs émerveillés ».
Présentant à ce grand penseur l’hommage de l’État, François Mitterrand estime que le socialisme dont parle Teilhard n’est pas le sien. Teilhard ne s’est jamais frotté à la politique... « Sa pensée se développe trop librement au-delà de nos nécessités concrètes. " C’est un peu vrai Mais Jacques Chirac à l’Hôtel de Ville avait été plus nuancé... Et Senghor admet cette montée vers l’Ultra-Humain qui lui a permis de dépasser le marxisme dans la recherche des bases doctrinales de sa révolution.
Peut-être l’humanité, parmi lesquels les Français, en négligeant Teilhard ,ont-ils failli perdre beaucoup de temps pour l’évolution vers l’Ultra-Humain, sans doute aussi l’Église pour l’évangélisation du monde moderne. Son centenaire, pour Teilhard, aura été une occasion d’offrir encore une fois son message, d’offrir au monde ce Colloque de la convergence des esprits et des idées...mieux même, celle des cœurs.
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