LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ : PHILOSOPHIE ET FOI |
RV. 8 |
DESCARTES : " PÈRE DE L’IDÉALISME
MODERNE " |
par le Père Humbert BIONDI |
l. Eléments biographiques : 1596-1650
Etudes chez les Jésuites (7 ans) et Droit à Université de Poitiers
"Nuit du poêle " (Neubourg-Allemagne) 10 nov 1619 (Vœu d’aller à
Lorette)
Aux années et voyages pendant neuf ans (Rencontre de Bérulle)
Retraite en Hollande à partir de 1629 : y écrit tous ses ouvrages
:
Publiés plus tard " Regulae ad directionem ingenii" "Méditations"
"Traité du Monde"
Elaboration probable de sa métaphysique vers 1630 Publication du " Discours
de la. méthode pour bien conduire sa Raison et chercher la verité
dans les sciences " 1637
Cest un résumé de la méthode et de ses applications
2. ORIGINALITE DE LA METAPHYSIQUE DE DESCARTES
a) Sévère pour les disciples dAristote, et pour les scolastiques,
il usera inévitablenent, quoique assez librement, de leur terminologie
et de leurs méthodes (preuve de Dieu par lidée de parfait par
exemple/ lidée de substance-pensante).
Bien qu’il critique la méthode déductive (logique-syllogismes) Descartes
sera bien obligé de sen servir pour exposer le cheminement de ses
pensées.
" Leur façon de philosopher est fort commode pour ceux qui nont que
des esprits fort médiocres (Discours 6ème partie) " L’art de Lulle sert plutôt
à parler sans jugement des choses quon ignore plutôt qu’à
les apprendre ( Discours Iere partie)
" Bien qu’elle (La doctrine de l’Ecole) contienne beaucoup de préceptes
très vrais et très bons, il y en a toutefois tant d’autres mêlés
parmi, qui sont ou nuisibles ou superflus ...(Ière partie)
b) St Thomas a clarifié la notion dâme aristotélicienne
: à lhomme de la Bible et de St Augustin conçu comme composé
de 3 éléments (corps-esprit-âme) St Thomas substitue la combinaison
"corps-âme ", et attribue les opérations intellectuelles à lâme
spirituelle (comme Aristote ... mais Aristote superposait plusieurs âmes
pour les fonctions végétatives, animales, intellectuelles))
Cest de cette âme unifiée que Descartes va avoir lintuition
( ce n’est pas un raisonnement) de lexistence et de lessence : comme
moi et comme pensée
c) " Je pris garde que pendant que je voulais ainsi penser que tout était
faux, il fallaît nécessairement que moi qui le pensais fusse quelque
chose ; et remarquant que cette vérité : JE pense donc JE SUIS était
si ferme et Jai des états de conscience donc je suis Je pense que
je penss - - cest là être La pensée du sujet pensant chez
Descartes est semblable à celle du Dieu dAristote "pensée de
sa pensée "
d) Je suis .. autant de fois que je pense : "je pense toujours " dit Descartes
je connus de là que jétais une substance dont toute lessence
ou la nature n’est que de penser et qui pour être na besoin daucun
lieu ni ne dépend daucune chose matérielle ; en sorte que ce
moi cest à dire lâme par laquelle je suis ce que je suis,
est entièrement distinste du corps et même quelle est plus aisée
à connaître que lui, et qu’encore quil ne fût point, elle
ne lairrait (cesserait) point dêtre tout ce quelle est "
e) Je doute - pour douter il faut être - Je doute donc je suis Si quelque
malin génie me trompe - pour être trompé il faut être...
Descartes ira jusque dire : Je doute donc Dieu existe !
(je doute donc je suis imparfait, donc j’ai l’idée de parfait, donc le
parfait existe
f) Descartes reprend la preuve de Dieu par l’idée de parfait et dinfini
chère à certains sco1astiques : cette présence en moi dun
être parfait, présenté en moi, par son idée innée imp1ique
non seulement l’existence de mon esprit qui pense, mais l’existence de lêtre
parfait qui est pensé.
g) Descartes soutient dailleurs avec les scolastiques que son action nest
pas seulement nécessaire au premier moment de mon existence ou du premier
moment de lunivers, mais à tout moment pour maintenir et soutenir
cette existence de lunivers et la mienne.
Au sommet de lunivers cartésien, il y a Dieu souverainernent réel,
source de toute valeur et de toute vérité, equivalent de qui est le
BIEN au sommet du monde platonicien
h) Descartes reprend enfin la définition scolastique de Dieu "causa sui
(être nécessaire) - définition de la substance divine dont partira,
Spinoza. Chez lui, comme chez DUNS Scot Dieu est créateur des vérités
éternelles, souverainement libre. Ma pensée constatera certaines nécessités
, certaines jonctions dessences Dieu est le créateur de la rationalité
du monde : cest Sa façon gouverner et de maintenir lunivers
, de le créer sans jamais cesser.
3. DESCARTES ET SA CONCEPTION DU MONDE
Ajourné par crainte (Galilée vient d’être condamné) la publication
n’aura lieu, qu’après la mort de Descartes. Les arguments sont toutefois
présentés en résumé en 5ème partie du Discours - en
prenant comme dans la préface de Copernic la précaution de parler
sur le ton hypothétique :
" si Dieu créait maintenant quelque part (un monde nouveau) dans les espaces
imaginaires , assez de matière pour le composer et qu’ il agitât et
que par après il ne fît autre chose que prêter son concours ordinaire
à la nature et la laisser agir suivant les "pourvu quayant établi
les lois de la nature il lui prêtat son concours pour agir ainsi quelle
a de coutume, on peut croire sans faire tort au miracle de la création,
que par cela seul toutes les choses qui sont purement matérielles auraient
pu avec le temps, s’y rendre telles que nous les voyons à présent
"
Descartes établit ici ce que les cartésiens sauront exploiter une
nouvelle notion des rapports de Dieu et du Monde éclaicissant ainsi lanthropomorphisme
des représentations habituelles de Dieu créateur. Cest le fait
de ne pas s’exprimer comme la Bible qui constitue la nouveauté ! Mais c’était
déjà communément admis (voir les sermons de St Augustin sur la
création)
4. DESCARTES ET LA MORALE
On a beaucoup argumenté de la morale par provision provisoire) de
Descartes : le vrai danger de Descartes n’est pas là : il est dans
les principes ou règles de La Morale de la 3ème partie du Discours
:
Bien quil proteste dabord de son "obéissancc aux lois et coutumes
de son pays retenant constamment la religion en laquelle Dieu ma fait
la grâce d’être instruit dès mon enfance ... il ajoute
:
je mettrais entre les excès toutes les promesses par lesquelles on
retranche quelque chose de sa liberté, non que je désapprouvasse les
lois ... mais à cause que je voyais au monde aucune chose qui demeurât
toujours en même état... j’eusse pensé commettre une faute contre
le bon sens, si je me fusse obligé de la prendre pour bonne lorsqu’elle
aurait cessé de lêtre ou que j’aurais cessé de l’estimer
telle; "
Au principe dautorité quil a déjà réprouvé,
à " lavis des plus doctes " dont il estimait devoir toujours tenir
compte (au moins " dans leurs opinions les plus sensées et des plus communément
admises") Descartes substitue le principe de son interprétation personnelle
de la morale.
Remarquons que nous avons tellement pris l’habitude depuis, que cela ne nous
semble même pas révolutionnaire !!
5. "DESCARTES - PHILOSOPHE AU MASQUE " ?
Nul n’est plus franc que Descartes. Il a souvent gémi des subterfuges
auxquels son temps le contraignait. Il a fait effort pour maintenir hors du
doule méthodique la religion, la morale et les notions , concepts hérités
des philosophes scolastiques . .. il faut avouer que l’accueil très
bienveillant d’une grande partie du clergé aux oeuvres de Descartes
n’eut pas eut lieu si ses idées neussent pas été
déjà dans lair ... et si le personnage de Descartes était
depuis longtemps suspect.
CONCLUSION : En choisissant pour point de départ son MOI, en métaphysique
comme en morale Descartes est révolutionnaire. Le terme d’idées
s’applique plus aux pensées des hommes qu’à celles de
Dieu. En opposant, comme Aristote, St Thomas matière et forme, substance
pensante et étendue ( matière) Descartes permettra les excès
du matérialisme comme de l’idéalisme subjectif.
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