LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ : PHILOSOPHIE ET FOI |
RV. 7 |
LE PROBLÈME DES UNIVERSAUX |
par le Père Humbert BIONDI |
Voici la question-clef de la philosophie et de lhistoire de la Philo. celle
à laquelle chaque philosophe doit dès labord donner sa
réponse, qui conditionnera, ensuite tout son système, puisquil
sagit au fond, pour lui, de JUSTIFIER le point de départ de son raisonnement.
Notons déjà que si ce point de départ nest pas justifié,
tout commence alors par un postulat ... et chacun peut choisir à son gré
! (ce qui est vrai des mathématiques est aussi bien vrai du raisonnement
philos.)
Pour se prémunir contre les interprétations subjectives de la vérité,
les philosophes du Moyen-Age ont entrepris détablir un système
rigoureux de pensée logique (une sorte de mathématique des concepts).
La première question qui les divisa fut le problème du " point de
départ " philosophique, qui nest autre que le problème de la
NATURE DES IDEES : ce fut la QUERELLE DES UNIVERSAUX - elle na js trouvé,
et ne peut pas trouver, de solution qui soit vraiment définitive - parce
quil y a toujours quelque " a priori ", dans tout système de pensée,
comme dans toute analyse de la connaissance.
1. QUAPPELLE - TON " UNIVERSAUX " ?
On désigne par " universaux " les termes qui expriment les idées "
primitives " générales, les termes qui ont la plus vaste compréhension,
qui permettent de classer les autres idées individuelles ou particulières
, en diverses catégories .
Le mot " catégorie " désigne depuis Aristote (Organon Livre 1er) les
divers attributs élémentaires, applicables à tt être , chose,
ou idée, les DIX points de vue doù lesprit peut considérer
les objets de pensée : substance, quantité, relation, qualité,
action, passion, LIEU, TEMPS, situation, manière dêtre.
Ne sont appelés "universaux " que les termes exprimant les notions les
plus primitives, les plus générales comme lidée dêtre,
dessence et dexistence, de substance, dinfini , de parfait, de
Bien, de Beau, de Vrai ("VERITE") etc .
2. QUEL EST LENJEU DE CETTE QUERELLE ?
Comme ces termes doivent être le point de départ dun raisonnement
pour découvrir toute vérité - et surtout pour élucider le
problème de Dieu - il est extrêmement important de savoir si lidée
générale a une réalité propre hors de lesprit, cest
à dire avant lacte par lequel nous labstrayons : exemples :
lidée de cercle (idée pure sans couleur ni dimensions etc) existe-t-elle
en elle-même avant que nous la concevions daprès ce qui lévoque
dans les astres ou sur terre ... . lessence humaine existe-t-elle en elle-même
ou seulement concrètement dans des existences humaines individuelles doù
nous labstrayons ? ((cest le débat entre essentialistes et existentialistes
!)) Notez bien que lessence humaine, lessence de cercle ne sont pas des
universaux (qui ne peuvent vraiment sappliquer en fin de compte quà
Dieu) .
A partir des universaux les scolastiques - qui sont de véritables champions
de la précision des termes, de subtils acrobates de la pensée - démontreront
comme en se jouant par une sorte de mathématique des concepts (une fois
ceux-ci bien définis), les propositions les plus délicates, même
sur Dieu :
- lexistence de lEtre " nécessaire " ( Dieu ) " qui existe par soi
" devient évidente si jentrevois quil existe des êtres
" contingents " cest à dire qui nont pas en eux-mêmes
leur raison dêtre, qui nexistent pas par soi.
- Aristote démontrait de la même façon par la constatation de lexistence
des êtres mus (dans lespace ou dans lexistence) , la nécessité dun
" premier moteur " lui-même moteur des autres mais immobile, donc idée pure.
- lidée de parfait (ou celle dinfini) inclut lexistence sans laquelle
ce parfait ou cet infini ne serait ni parfait, ni infini. Cet argument
de St Anselme de Cantorbery (+ l109) sera souvent repris : Descartes en fait
lessentiel de sa démonstration de lexistence de Dieu (Malebranche etc..)
3. LES THEORIES SUR " LA NATURE DES IDEES " ou sur leur genèse
Il y a toujours dans lexposé de ces théories une certaine confusion
qui provient de ce quon ne veut pas traiter séparément de la
nature des idées universelles, genérales, et des idées simples
("idée " de table ! par exemple).
a) LES IDEES GENERALES ONT UNE EXISTENCE PROPRE pour :
- PLATON : puisque le monde des idées-archétypes est le seul vrai
dont nous ne saisissons ici que les reflets : nos idées sont des réminiscences
de notre existence antérieure dans le monde intelligible (en voyant un
objet, nous pensons son idée telle quelle est en Dieu) ; réminiscence
est très proche didée innée (Descartes)
- St AUGUSTIN (Lavelle chez modernes) : les idées nexistent pas en
elles-mêmes mais dans lINTELLIGENCE DIVINE (VERBE) : la Lumière divine
est essentielle / indispensable à la pensée humaine . (Malebranche
dune certaine façon)
b) LES IDEES GENERALES NEXISTENT QUE DANS LESPRIT pour :
- ABELARD (1079-1142) : Deux conciles le condamneront pour démontrer que
les idées simples ne sont pas dans les objets particuliers (comme lenseignait
Guillaume de Champeaux +1120) il insinuera que lidée générale
aussi na de réa1ité propre que dans lesprit. (ses " noumènes
" sont les universaux.! ) ( conceptualisme) Avant Kant il souligne leur valeur
anterieur à tout raisonnement.
- LES NOMINALISTES : lidée nest que le MOT : il ny a de général
que les mots (forme concrète que nous donnons à lidée que
nous abstrayons des choses individuelles ). Abélard répondait à
Roscelin que le mot nest que le signe de lidée mais quil
ne lépuise pas (limage non plus) GUILLAUME DOCCAM (1290-1349)
nominaliste logique, estime quil est impossible par les idées-même
générales - daccéder à une réalité intelligible
supérieure puisque lidée na pas dautre réalité
que son mot
c) LES IDEES ONT UN FONDEMENT DANS LES CHOSES, MAIS ELLES EXISTENT DANS LESPRIT
:
les idées générales sont une construction , à partir des
objets individuels . Les lois et les théories scientifiques sont des approximations
de nos esprits, qui nexpriment pas complètement le réel.
Conclusion
En fait une Loi est un grand mot, un mot composé, un symbole du réel vu
par lhomme , le réel est encore au-delà, et Dieu encore plus !
La notion primitive, luniversel, est antérieure temporellement et logiquement à quelque idée
que nous en atteindrons. Par quoi des philosophes lont-ils remplacée? Par les
" états de conscience " par lappréhension subjective du réel... Les scolastiques avaient découvert que la
philosophe ne commence pas à lintuition
du " moi ", quelle consistait à découvrir les structures de lEsprit humain
enraciné en Dieu en un effort pour penser linfini !
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