LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ : PHILOSOPHIE
ET FOI
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RV. 6 |
LES SURVIVANCES DE LARISTOTÉLISME
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par le Père Humbert BIONDI |
La feuille 4 (verso) a évoqué l'étrange
infortune des uvres dAristote jusquà leur publication vers
la moitié du premier siècle avant J.C. Sauf son ORGANON (Logique) les
ouvrages dAristote neurent guère de succès et furent surtout
cités par les auteurs qui entreprenaient de les réfuter . Les apologistes
chrétiens bouderont Aristote .
I LES ECLIPSES DE LARISTOTELISME :
ce furent des raisons dogmatiques qui influencèrent défavorablement
les Pères apologistes : on appelle ainsi les auteurs, souvent convertis
tardivement au christianisme (Tatien né vers 120 converti à Rome vers
155) et qui tentèrent de justifier le christianisme des accusations (athéisme,
immoralité) dont il était l'objet de la part des paiens ou des pouvoirs
publics. Leur culture littéraire et philosophique, leur renom quelquefois,
contribuèrent à la conversion des plus hautes classes de la société.
Ils cherchèrent à concilier leur savoir avec les exigences doctrina1es
de leur Foi: beaucoup de leurs apologies (ou défenses) du christianisme
sont conservées : par exemple les deux apologies écrites vers 152
et vers 163 par St Justin converti à 30 ans et martyr on 165. Ce sont les
apologistes qui ont condamné Aristote .
- TATIEN : accuse Aristote de ne pas avoir cru à l'immortalité de
lâme (ms nous verrons plus loin l'originalité d'Aristote sur
ce point .
- HIPPOLYTE : (martyr vers 235 à 60 ans) dont luvre principale
a été découverte en 1842 sur un manuscrit du Mt Athos : "Les
Philosophoumena" . Cette uvre destinée à réfuter
toutes les hérésies " entreprend de prouver que toutes les hérésies
trouvent leur source dans des erreurs philosophiques De nombreux passages d'Hippolyte
attaquent Aristote : en plus du problème de lâme, H. souligne
les incompatibilités de la doctrine dAristote sur la CREATION AB
AETERNO avec la doctrine chrétienne de CREATION EX NIHILO et au commencement
du temps . Le rejet farouche du De mundo" dAristote par Hippolyte
a influencé le jugement de tous les penseurs chrétiens .
(cette question sera revue quand nous verrons les soclastiques du XIII donner
une interprétation bénigne du DE MUNDO et le concilier avec la Foi
chrétienne
- EUSEBE DE CESAREE (265-340) déclare formellement "adopter Platon" et
rejeter "l'arrogant philosophe Aristote !
II LES INTERFERENCES ARISTOTELICIENNES DANS LA SPECULATION SUR LE VERBE
Avant que Jean lEvangéliste choisisse le mot de VERBE pour désirer
la personne divine qui sétait incarnée en Jésus, le mot
Verbe ou parole ou Raison (tous sens du mot LOGOS) avait déjà
été utilisé par les penseurs religieux et les philosophes . Dans
toutes les religions où la transcendance de Dieu lui interdisait de soccuper
lui-même de la création, une " notion d'intermédiaire ou "démiurge"
avait été inventée .
Cette notion de Parole ou Verbe-démiurge se trouve déjà dans
les spéculations égyptiennes quinze siècles avant Jésus
Christ (voir Textes sacrées. egyptiens) Philon dAlexandrie (20 av-54)
assimile au VERBE - LOGOS de Platon la Sagesse de Dieu telle qu'elle se trouve
dans les textes bibliques.
- St Théophile dAntioche, évêque dAntioche en 169
(le créateur du mot Trinité" vers 180) distingue le Verbe immanent
éternellement dans le Père, du Verbe proféré (à lextérieur)
comme démiurge et créateur... comme pour marquer un MOMENT de commencement
de la création . (St Hippolyte a la formule Verbe qui est la pensée
logique immanent à Tout ou grosse de tout (texte de 222)
- L'ECOLE D' ANTIOCHE : oomme lEcole alexandrine est PLATONICIENNE, celle
d'Antioche est ARISTOTELICIENNNE. C'est delle que surgiront les auteurs
de ce quon appellera lhérésie ARIENNE ou ARIANISME.
LUCIEN DE SAMOSATE est prêtre à Antioche, martyr en 312 et contemporain
de PAUL de Samosate, évêque d'Antioche qui fut condamné au Concile
dAntioche en 268 lorsque sa formule le Verbe est consubstantiel
au Père '' parut équivoque. Paul de S. utilisait le terme OUSIA tantôt
dans le sens de " nature ", tantôt dans le sens de "personne , et
sa formule pouvait signifier, au choix, le Verbe est une seule nature ou substance
avec le Père, ou bien le Verbe est une seule personne avec le Père.
LA DIFFICULTE vient réellement de la signification du mot OUSIA chez Aristote.
Le mot désignait déjà chez Platon la substance, lessence,
mais dans un sens pantheiste : Dieu est dune certaine façon SOUS
TOUT lêtre profond des choses ; Pour Aristote Ni l'UN , ni
lEtre ne peuvent être la sub-stance des choses la substance
comme la personne est ce qu'il y a d' incommunicable en chacun (META. Z 16 -15).
Les substances individuelles sont distinctes de la SUB-STANCE suprême ,
l'Etre , Dieu . Le Verbe aussi aura du mal à ne pas être séparé
de Dieu pour l'Ecole d'Antioche. Et s'il est séparé , il est inférieur
à Dieu, et il n'est quune créature, la. plus parfaite peut-être,
mais créature, non plus Dieu , divin mais non Dieu : c'est toute l'hérésie
Arienne
D'autre part la spéculation chrétienne se réjouira de la formule
dAristote : I.intelligence suprême se pense elle-même,
et sa pensée est la pensée de sa pensée (META L 9 1074
34). La génération immanente du Verbe, comme pensée
du Père, trouve chez Aristote une justification philosophique remarquée
par les Antiochiens et reprise avec enthousiasme par le moyen-âge converti
à Aristote par St Thomas d'Aquin .
NOTE RAPIDE SUR LES CONSEQUENCES
DE L'ARISTOTELISME DE L'ECOLE DANTIOCHE
Arius (256-336) disciple de Lucien dAntioche, sera, condamné au Concile
dAlexandrie (320) puis à Nicée en 325 pour avoir soutenu (et
répandu partout) que Dieu, unique, inengendré, ne peut communiquer
sa " substance". Le Verbe démiurge, créateur du monde, nest
pas éternel , nest pas de la substance de Dieu, n est pas Dieu :
il a été créé et fait : il est seulement DIVIN .
Même chez les condamnateurs d'Arius la pensée nest pas aussi
nette que dans le dogme actuel . Eusèbe de Césarée (265-340)
condamnant Arius à Nicée déclarera que le mot OMOOUSIOS (une
seule nature) choisi par Athanase et le Concile signifie "le Verbe engendré
de la substance du Père, lui est tout à fait semblable . Or
ce mot "semblable OMOIOUSIOS OMOIOS =semblable) est précisément
le mot condamné. La Verbe nest pas semblable seulement, mais un
seul et même ( OMOS= commun = pareil) être avec le Père.
Malgré la condamnation d'Arius, lhérésie continua jusquà
la fin du 4ième siècle où Théodose supprina, leurs églises
aux évêques ariens et les réduisit au silence. Mais l'hérésie
continua, encore un siècle chez les Germains.
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