LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ : PHILOSOPHIE ET FOI |
RV. 5 |
les survivances de lidéalisme platonicien |
par le Père Humbert BIONDI |
Platon (427-347) a rationalisé
et vulgarisé les idées sous-jacentes aux mythes des religions à
mystères : cela explique son prodigieux succès, même chez les
chrétiens : lidéalisme est en effet 1e système philosophique
qui sauvegarde le mieux lidée de lAbsolu, de la transcendance
de Dieu. Son axiome fondamental, son postulat (constatation dune évidence
de départ - pour qui veut bien la reconnaitre) cest : priorité
logique, préséance ontologique de lEtre absolu, Etre, Idée
du Bien,du Bon etc.. Dieu, sur toute créature.
I LA TRADITION PLATONICIENNE AVANT
LE CHRISTIANISNE
a) Les procès d’athéisme à Athènes (Anaxagore 433 - Socrate
399 - Aristote 326) soulignent la difficulté de concilier les découvertes
des "météorologues sur les astres et la religion contemporaine
à bases astrales.
b) LES STOÏCIENS (Zénon de Citium-Chypre-333-261 - Cléanthe 334-232...)
populariseront la dévotion filiale envers le Maître des dieux (Zeus-Père).
Leur philosophie est RELIGIEUSE : les thèses pythagoriciennes sur lâme
qui se réincarnait perdent du crédit en faveur dune résorption
de lâme dans l’âme du monde . Le LOGOS (Raison) platonicien
est la Loi universelle du Monde, la. forme rationnelle de lunivers : Il
se disperse dans tous les êtres pour leur donner la vie (Logoi spermatikoi).
Posidonius + 50 av. ,(maître de) Cicéron (106-43) parviennent à
concilier les problèmes astronomiques et ceux de lâme (De natura
deorum écrit en 45) (voir les textes ds "Textes sacrés des Gdes religons
et doctrines fondamentales"pages 8.9.10)
c) PLUTARQUE (46-127) prêtre d’Apollon Pythien, à Chéronée
de Béotie, remédie au discrédit qui menace Delphes par sa foi
platonicienne : la réa1ité divine est lobjet de la philosophie
: La pensée de lintelligible, de labsolu, du pur est
comme un éclair projetant sa lueur, qui permet un beau jour d’entrer en
contact avec l’âme même et de l’approcher du regard... comme dans
une initiation on tient le degré final : je tiens la philosophie
Lexistence de l’homme nest quillusoire : Au moment où
chacun de nous approche de Delphes, le dieu lui adresse, comme pour laccueillir
la maxime " Connais toi toi-même qui vaut bien la formule de salutation
Réjouis-toi. Et nous en retour nous disons au dieu TU
ES lui donnant ainsi une appellation exacte et véridique : la seule
qui ne convienne quà Lui-seul et qui consiste à déclarer
qu’Il existe. Nous en effet nous ne participons pas du tout d une manière
réelle à lexistence... quel est donc lEtre qui existe
réellement ? Celui qui est éternel, n’a pas eu de commencement, n’aura pas de fin..."
d) Epictète (50-125) esclave affranchi enseigne en Epire. Fervent de Socrate,
il se fait une haute idée de la mission du philosophe : Si jétais
rossignol, j’accomplirais loeuvre du rossignol : mais je suis un être
raisonnable : je dois chanter Dieu"
Epictéte a conscience dune certaine filiation divine :
Si lon parvenait à comprendre cette vérité que nous
venons en dernier ressort de Dieu et que Dieu est le Père des hommes et
des dieux, je crois quon naurait spontanément aucune pensée
vile ou basse. Comment ? Si César fait de toi son fils adoptif, personne
ne pourra soutenir ton regard ! Et tu n’aurais point dorgueil de te savoir
fi1s de Dieu ?
Bien que le sens en soit plutôt panthéistique, cette filiation
" instaure des rapports personnels de prière et de devotion ; " Relève
enfin la tête comme un homme 1ibéré de la servitude (Epictète
avait été esclave) : ose élever ton regard vers Dieu : dis-Lui:
sers -Toi de moi désormais à ta guise, mes pensées sont
les tiennes : je suis à Toi
Ainsi même hors du christianisme, les Platoniciens sont devenus des SPIRITUELS
Les philosophes grecs ont préparé l’Occident aux vérités
chrétiennes.
II L ’ IDEALISME PLATONICIEN EN PRESENCE
DU CHRISTIANISME
a) réaction dopposition : lEcole dALEXANDRIE : Philon
le Juif (20av-54) a adapté le platonisme au judaïsme, afin de préserver
la foi juive en lAncien Testament de l’influence des nouveautés philosophiques.
(Alexandrie fut une des capitales de la pensée, le lieu d’affrontement
des doctrines philosophiques). Le fondateur de lEcole dAlexandrie
fut Ammonius Saccas +243) (Il eut pour élève Origène). Le vrai
créateur du système Néo-Platonicien fut PLOTIN ( 205 270) Ses
oeuvres Ennéades furent publiées par son disciple Porphyre
(232-304) qui publia dautres ouvrages contre les chrétiens. Bien
que la manière de parler de l’Absolu soit très semblable au christianisme,
la RAISON refuse la notion de REVELATION . Bien que lâme puisse sélever
par degrés jusquà "lAme du monde(comme LOGOS stoïcien,l
ascèse prépare pour Plotin lillumination obtenue par leffort
de réflexion philosophique et la considération des idées abstraites
SANS GRACE, SANS INITIATIVE DIVINE, SANS autre prière que l’attention au
vrai. Lextase plotinienne (quéprouvera St Augustin) est le
plus haut degré de connaissance de Dieu à laquelle puisse prétendre
lhomme (par ses seules forces ?) . Plotin lui-rnême place au sommet
de la hiérarchie des êtres : lETRE EN SOI, abstrait, indéterminé,
source de tt être, inconnaissable, ineffable : seul le NOOS divin, image
de lEtre en soi, prototype des êtres est connaissable. (Logos chrétien
, Soi de l’ Inde "ATMAN"). Il y a ds cette révolte contre lidée
de Révélation un peu de celle de Bouddha et une analogie dans les
exigences volontaires de dépouillement de la matière qui expliquera
le succès du MANICHEISME, contemporain mais d’origine perse.
b) ORIGÈNE (185-253?) disciple des alexandrins : grand voyageur .Théologien
et exégète (Hexaples = Bible sextup1e) exprime en vocabulaire platonicien
les réalités doctrinales chrétiennes : son insistance sur la
préexistence des âmes, sur le péché originel - comme souillure
contractée par lâme en s’unissant au corps-, sur la conversion
générale finale (apocatastase), sur la spiritua1ité des corps
ressuscités-glorifiés le rendront suspect à lEglise . Malgré
cela ses idées ont survécu et son influence fut immense.
c) SAINT AUGUSTIN : Berbère né à Tagaste (S.de Bône) en
354, +430 catéchumène gagné au Manichéisme, étudiant
puis professeur : converti en 386 et baptisé à Milan par St Ambroise
en 387. Prêtre malgré lui en 388, évêque en 396.
- REFUTE LE MANICHEISME : l’idéalisme platonicien lui fournit les principes
rationnels pour réfuter le grossier matérialisme des Manichéens
(Dieu est matière )
LUTTE CONTRE LE PELAGIANISME (411-430) : 1e pélagianisme est un
exposé de la doctrine du salut : la volonté peut tjs faire le bien
si elle le veut ; le péché originel nexiste pas ou nest
quune façon de parler de notre difficulté à atteindre à
l’illumination et à l’adoption divines ;la grâce FACILITE
. Contre Pélage condamné en 417 par Innocent I, puis contre Julien
d’Eclane (419 - 430 ) accuse St Augustin d’avoir inventé le
péché originel esprit humaniste exaltant les droits de la raison et
de la liberté de lhomme devant la toute puissance divine, AUGUSTIN
soutient que Dieu opère en nous le "vouloir et le faire", quil faut
attribuer à Dieu : même le commencement de la Foi, même le désir
du bien, que la prédestination exprime la gratuité du salut et lefficacité
de la grâce sur la liberté de l’h.qui livrée à elle-même
ne pourrait vouloir que le mal. C’est la préexistence et l’immutabilité
des idées--modèles-archétypes étendue à la théologie
et à la psychologie. Cest encore la rigueur du Destin des Stoiciens
(cf.Virgile)... =/= Nietzsche : " Le fatum est une pensée exaltante pour
qui a compris qu’il en fait partie"
5