LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ : PHILOSOPHIE ET FOI

RV. 4

LA DÉCOUVERTE DE LA MÉTAPHYSIQUE

par le Père Humbert BIONDI

En étudiant les origines de la pensée philosophique, nous avons découvert que les philosophes grecs ont depassé par les seules forces de la Raison, les idées rudimentaires sur Dieu, de la religion de leurs contemporains. (En effet la réflexion sur Dieu n’est pas exclusivement réservée aux "religions” . Une partie de la philosophie -”la théodicée”selon le mot choisi par Leibniz en 1710 - sera plus tard consacrée à cette recherche .)
DIEU comme explication de l’Univers a été découvert par des matérialistes, c’est à dire par des penseurs qui ne sont partis que des phénomènes pour remoncer à leurs causes... (cf-Anaxagore f.l) Phédon 97c
DEUX systèmes philosophiques vont dominer l’histoire de la pensée occidentale : deux écoles de pensés dont les axiomes fondamentaux comme les méthodes, influencent encore nos manières de penser.

I LE PLATONISME (on cherchera ailleurs la " vie "de Platon 427-347)

a) Principes fondamentaux : délaissant la religion traditionnelle déconsidérée par les progrès de la réflexion, il utilisera le vocabulaire et les thèmes des religions à mystères (pythagorisme-orphisme) pour proposer à tt homme une recherche rationnelle de la vérité.
– l : les ” idées ” (réalités immuables et éternelles, Idées-archétypes, essences préexistantes, modèles purs) constituent une sorte de monde supérieur, ”un grand Vivant”... IDEALISME pour origine des idées et REALISME pour nature des idées
- 2 : les réalisations imparfaites et passagères, les devenirs, les choses constituent ce monde des apparences sensibles- (voir 1er Mythe : Répub. Liv.VI)
- 3 : ”L’homme de raison” (opposé à l’h.de routine - Philèbe -) est le seul vrai homme Il descendra ensuite de la contemplation pour GOUVERNER (afin de conduire les autres à la contempl.

b) Méthode de ”purification de l’âme” (Katharsis comme à Eleusis)
-1. La "conversion" (Rép.VII.5I8 c) : le demi-tour de fuite des apparences 2ème Mythe: Caverne : Rép.VII
-2. la”dialectique” (le dialogue méthodique ou tri des arguments) permet de franchir les différents dégrés de l’initiations " reminiscence": cf. pour l’amour volonté(dialectique du coeur) le discours de l’Etrangère de Mantinée (Diotime) Banquet 210e et 211c (Beauté physique, Beauté morale, B.des connaissances, connais. du Beau absolu ) L’intelligence se purifie par la dialectique de l’esprit qui remonte les degrés des êtres jusqu’à l’UN, le Bien, l’Absolu, le sans hypothèse (Rép.VI ) le dieu qui est ”au-delà de l’essence" (Rép.517 d) supérieur à tt.

c) conclusion : la philosophie est une éducation de l’esprit qui apprend à se séparer des apparences sensibles, à sortir de la prison des corps, à mourir sans crainte (Phédon 67 e) car mourir c’est revivre (Phédon 72 a) puisque l’âme subsiste" avec une activite réelle et une pensée" (Phédon 70 b). On devine facilement comment cette conception générale de l’h.et de la divinité enthousiasmera les penseurs religieux de la tradition judéo-chrétienne. Par St Augustin l’Eglise deviendra platonicienne, jusqu’au XIIIème siècle où l’Aristotélisme sera redécouvert par l’Occident. Certains dogmes portent cette marque ”du platonisme : par exemple la grâce et la prédestination ...

II L’ARISTOTELISME (Aristote: 384-322) 8 ans précept. de Philippe de Macéd.

L’Idéalisme platonicien subira les critiques acerbes d’Aristote, disciple de Platon de 18 à 37ans : ”En transférant aux Idées toute causalité comme, tte réalité véritable, Platon demeure incapable d’expliquer, dans l’activité des êtres, le rôle de la cause efficiente-principe du changement - et de la cause finale - ce pour quoi agissent toute intelligence et tte nature ”Métaph.I.IX.992a C’est sans doute le problème-clef d’Aristote comme de toute philosophie !

a) les sources du savoir d’Aristote : art d’observer et art d’abstraire
1: une très etendue expérience du réel (collections, herbiers, constitutions d’états) et une très grande docilité aux faits : ensuite seulement chercher ”les causes” (prob. du mouvement).
2: une très minutieuse attention au travail que la Raison de ses prédécesseurs a déjà effectué sur les sujets auxquels il s’applique : la plupart de ses études commencent par un inventaire historique et critique des opinions antérieures .

b) méthodes : 1: reprend à sa manière la méthode de l’aporia.(impasse) de Socrate: unifier deux opinions contraires en les dominant (mais en posant 2 termes opposés, on risque d’exagérer dualisme
2: passe par induction du fait observé à la loi qui le régit (mouvement existe quelles st ses causes

c) ”La Philosophie est la science des premiers principes et des raisons dernières
– l : l’objet de la ”métaphysique" (audire de Strabon, nom donné par Andronicus de Rhodes sous Auguste) c’est la connaissance des premiers principes : lois de l’être, puis lois de l‘esprit ou axiomes (Principes d’identité et de contradiction cf. Platon=Arist. Méta. IV. 3)
– 2. c’est aussi l’approfondissement du problème des CAUSES : .(Méta.I. 3 et Phys. II.3)
cause matérielle : la matière déterminable (marbre dont on fera une statue)
cause formelle : ”ce qu’il a été donné d’être à qq ch” (la forme-idée du sculpteur qu’il imprime à la matière
cause efficiente : (ou motrice) :agent de la transformation de la matière (ciseau)
cause finale : " ce en vue de quoi”, la livraison de la statue à tel Temple. mais toutes les causes finales ne trouvent leur dernier "pour quoi" (Méta. XII.7-9, 10) que dans le Bien suprême : qui ”meut le monde en tant qu’objet aimé" ”vivant éternel, parfait :parce que la vie qui dure existe en Dieu éternellement, car ll est ceci : la Vie même.
" Son bonheur c’est son acte, l’acte de la souveraine intelligence, la pensée pure se pensant elle-même."
- 3. Au Livre II de la Métaphysique (1. 993 b) Aristote précisera que les astres dépendent de la Cause Première non seulement pour leur mouvement mais pour leur être-même. On ne peut remonter perpétuellement la chaîne des causes efficientes " il faut s ’arrêter ": " Il doit y avoir un Extrême qui meut sans être mu" "Moteur immobile, principe du mouvement...auquel sont suspendus le Ciel et la Nature ".
-4. Cette relation du monde à Dieu peut n’être qu’une relation d’être : le monde est éternel , il n’en est pas moins dépendant et second par rapport à Dieu.

d) Conclusion : l’univers d’Aristote est une aspiration vers Dieu, sa morale est suspendue à " l’Excellent ", mais la Raison qui y règne est sure d’elle-même. L’homme ne peut cependant qu’approcher la vie divine (Ethique X.7) " Il la vivra en tant que qq ch de divin habite en lui ". Dieu-Fin ne peut être atteint que par éclairs. On imagine les remous que cette pensée " sans chute originelle ", avec son " monde éternel ", provoquera au XIIIème, La béatitude par la " théôria " ou contemplation est la faiblesse du Platonisme comme de l’Aristotélisme. L’usage immodéré de la Raison prépare la négation du Transcendant " au nom de la Raison ".
L’intellectualisme contient en germe le Rationalisme .

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