LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ : PHILOSOPHIE ET FOI |
RV. 3 |
LES ORIGINES DE LA PENSÉE PHILOSOPHIQUE |
par le Père Humbert BIONDI |
Il ne suffit pas de dire que lorigine
de la spéculation philosophique serait une recherche du salut par la, recherche
de la Vérité. La psychologie des profondeurs enseigne que la passion
de la vérité nest quun des moyens de salut offerts primitivement
par les religions. LHomme , pour compenser ce que la condition humaine
manifeste de limitation, de précarité, de contingence, de culpabilité,
aspire à une justification : lº au sens moral : comme à une purification
de sa volonté " mauvaise " - péché - ; 2° au sens noétique
: comme à une purification de lerreur et de lignorance - gnose,
philosophie - ; 3º au sens métaphysique : comme à une purification
de nos contingences par une visée sur l absolu - lidéal,
le Bien comme notre but propre ; 4º au sens religieux : comme une aspiration
à une grâce transcendante, comme à une divinisation par une initiative
" rédemptrice " den-Haut .
I LES ORIGINES RELIGIEUSES DE LA RECHERCHE PHILOSOPHIQUE
Pour les peuples primitifs la religion tenait lieu de philosophie. On peut presque
en dire autant de nos enfants. Lexercice spontané de la Raison découvrait
ces vérités naturelles: " Il y a quelquUN au dessus de
nous" et " Il y a en nous quelque Chose qui nous survit ". Laccord
presque universel des primitifs sur ces points a fait parler de révélation
primitive" dissipée, oubliée ensuite .
Pour les élites intellectuelles de lEgypte comme pour les mages de
Chaldée, pour les prophètes juifs eux-mêmes LA RELIGION POSAIT
DES PROBLEMES PHILOSOPHIQUES : mais leur solution était toujours religieuse
: seul le système qui voyait les choses du point de vue de Dieu
avait des chances d'être étudié : l'idéalisme, en philo,
la théocratie en politique.
Dans la religion primitive de lInde, dans le ritualisme des Védas
fit irruption la philosophie idéaliste absolue du brahmanisme qui fera
de la contemplation supra-rationnelle de la vérité divine un des éléments
essentiels de la " béatitude du croyant.
II LA SEPARATION DE LA RAISON ET DE LA RELIGION
a) Le Bouddhisme (hérésie de l'Hindouisme) insistera davantage sur
le facteur rationnel , sur le rôle de la volonté morale dans la vie
. Cest plutôt un PRAGMATISME (une discipline pour laction).
Cest en tout cas un premier essai d'émancipation de la. pensée
morale orientale par rapport à la,religion : à la religion brahmanique
conçue comme un juridisme ou comme l attente de la manifestation
dun transcendant par la destruction de notre être physique ou mental
. I.extinction de tout désir -même de celui de Dieu à saisir
comme quelquun hors de nous- laisse Dieu être moi sans que moi jaie
conscience d'être Dieu. Ce nest donc pas athéisme, mais une
sorte dexistentialisme mystique : " je nexiste pas" mais en moi
ce qui existe cest Dieu .Tel est du moins le Bouddhisme du Grand Véhicu1e
ou B.nouveau du Ier siècle (idéaliste) =/= du B. primitif ou petit
Véh.
b) la pensée grecque : En Occident cest en Grèce que la philosophie
sest distingués explicitement de la religion - très dégradée
déjà chez Homère. Linvestigation scientifique des vérités
purement rationnelles sy effectua à partir de la matière de
quoi les choses sont faites" à laquelle Lécole d'Ionie (hylozoïste)
attribuait la vie (Thalès 624-546 : L.'Eau ; Anaximène 588-524 :lair
; Héraclite 540-475:Feu; Anaximandre 610-547 : lamatière infinie et
indéterminée ; cette notion sera reprise par Anaxagore de Clazomène
500-428 puis par Démocrite 460-361 ? sous le nom d " atome "
(matière indifférenciée et en mouvement dans le vide dont lassemblage
par la nécessité aveugle du HASARD a constitué lunivers
. Anaxagore est conduit à reconnaitre , par delà les éléments
matériels du monde , lexistence nécessaire dune ' Intelligence
( Noûs ) ordonnatrice de lUnivers.
En Grande Grêce , Pythagoxe ( 582-497 ?) confondait religion "mystique
des nombres", philosophie et politique mais a toujours combattu la religion
populaire :
il semble qu'il ait enseigné qu'il ny avait sous les choses quune
unique réalité véritable (Dieu) un Esprit présent à toute chose
(Comme la transmigration des âmes quil enseignait aussi cette notion
de Dieu correspond assez, bien avec ce que professait lhindouisme)
En Italie méridionale Xénophane d'Élée né en 570 proclamait que Dieu est UN
et Tout (confondant Dieu avec les choses de façon panthéistique)
Parménide d'Élée (né en 540) découvre l'idée de lEtre . Contemplant
lEtre Pur, il comprend que cet Etre est parfaitenent un et immuable,
éternel , non devenu, incorruptible, indivisible, infini, contenant
en lui toute perfection . Il n'y a que lEtre : les choses et le
mouvement ne sont quapparences illusoires . (cf. Zénon dÉlée)
Cette recherche individuelle ou non de la vérité suprême na
rien de religieux : il s'agit de découvrir une vérité profonde
sous- jacente en fait à toute religion, mais non aux superstitions populaires.
Ces sages, ces philosophes comme on les appelle depuis Pythagore, dédaignent
.(comme Bouddha,) les rites religieux et veulent découvrir la divinité
sans intermédiaire : cet effort de séparation de la religion- et de
la raison saccentuera sous Socrate et Platon, par réaction contre
les Sophistes comme Protagoras dAbdère (480-410) qui déclarait
que "lhomme est la mesure de toutes choses" . Pour lutter contre le scepticisme
en philosophie comme contre l'affadissement de la religion, Socrate (468- 399)
enseignera une conduite de la vie humaine propre à faire désirer le
Bien Absolu et Incorruptible . Cest Socrate qui a appris à lOccident
à chercher les définitions des choses, à découvrir les ESSENCES.
Les Idées platoniciennes , les idées-substances, sont les essences
des choses ."A leur sommet EST lldée de BIEN qu'on ne peut apercevoir
sans conclure qu'Elle est la CAUSE UNIVERSELLE de tout ce qui existe de
Bien et de Beau... Ainsi est née une religion sans mythe, issue du matérialisme,
vouée à
la contemplation atteinte (sans la grâce) dans le cadre de la première religion universelle
: celle de la raison.
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