LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ : PHILOSOPHIE ET FOI |
RV.2 |
I. PRÉSENTATION DU SUJET " PHILOSOPHIE ET FOI " |
par le Père Humbert BIONDI |
"La vie ressemble aux festivités des Jeux. Les uns s’y rendent
pour concourir, d’autres pour y faire quelque commerce, les premiers des
citoyens, eux , pour regarder. De même dans la vie : les uns sont esclaves
de leur amour de la gloire, les autres cherchent à satisfaire leur cupidité,
les philosophes au contraire n’aspirent qu’à la vérité"
(Diogène
Laërce : Vie
Doct. Max.des Phil.illustres : 3ème siècle après J.C.
)
I. Pour les Grecs, la Philosophie, au sens large, c’est pratiquement
ce qui s’appellera plus tard " humanisme" : curiosité universelle,
sciences et "philosophie première", sympathie pour tout
ce qui est humain, largeur de vues inspirant une règle de conduite. Plus
précisément, le mot (amour de la sagesse) est de Pythagore (+500
av.JC) Il désigne très tôt la connaissance métaphysique.
Bien que ce mot soit d’Aristote (384-322), la recherche philosophique de la
vérité veut découvrir sous les phénomènes
matériels des CAUSES AGISSANTES (Anaxagore +428) et la. Cause suprême,
Intelligence ordonnatrice des choses".
Disciple de Socrate (468 - 399) et comme lui moraliste et politique, PLATON
(427-347) utilisera les thèmes des rituels orphiques pour exprimer cette
purification de l’esprit qu’est la vraie philosophie : mieux que
la religion antique elle conduit à la contemplation de"l’idée
du Bien,qu’on ne peut apercevoir sans conclure qu’elle est la CAUSE
UNIVERSELLE de tout ce qu’il y a de Bien et de Beau ... c’est elle
qui dispense la volonté et l’intelligence"(République VII
517 d. -Budé p.149-150)
Puisque pour Platon , la philosophie"délie les âmes"
des contradictions des Sophistes, comme des rituels de la religion antique,
on peut bien dire : c’est chez les Grecs que la philo.s’est séparée
de la religion.
II. A l’exemple de St Paul empruntant pour sa prédication des thèmes
et des expressions de poètes et philosophes grecs, la théologie
chrétienne demandera à la philosophie une justification rationnelle
de Dieu (théodicée - mot de Leibniz 1710) comme préambule
à l’étude de la Révélation.
La "démonstration de l’existence de Dieu" est en effet affaire
de philosophe et non de théologie. Elle est un préambule à
la Foi en Dieu révélé. Il ne s’agit pas tant de "prouver"
Dieu, que de comprendre ce que traditionnellement on désigne par le mot
"Dieu". Le Dieu objet de la Foi, c’est le Dieu qui nous aime, qui a parlé
par ses prophètes, par Jésus. C’est le Dieu qui nous demande
de nous intégrer dans son PLAN DE SALUT. Le " Dieu des philosophes
et des savants" c’est seulement le Dieu, grande Idée, clef de voûte
de la pensée, Être pur de Parménide (né en 540),
ou "Grand Être" de Rousseau , " Idée pure" de Hegel (+1831),
" Être "de Heidegger (1927) - père de l’existentialisme -.
Pascal oppose ce Dieu des Phil. au " Dieu de Jésus-Christ " qui
est le Dieu de la Révélation et de l’expérience religieuse
personnelle et donc de la Théologie. La philosophie éclaire donc
la Foi en " Dieu se révélant ", mais elle se borne à
montrer qu’il est raisonnable, croyable, logique,d’accepter les
données de la Révélation.
L’Eglise, après bien des hésitations, a adopté la phjlosophie
de St Thomas d’Aquin (1226-1274) comme celle qui correspondait le mieux à
cette nécessité d une préparation intellectuelle à
la Foi. St Thomas a lui-même révélé ARISTOTE à
l’Occident... Par St Th. l’Eglise est devenue aristotélicienne, en philosophie
et surtout en théologie.
NOTE TRES IMPORTANTE : Tout système philosophique permet cependant de
cerner de plus ou moins près la vérité. De ce qu’Aristote
soit " essentialiste ", il ne s’ensuit pas que l’existentialisme soit faux
! même aux yeux de l’Eglise ! Une philosophie est un système de
pensée qui a du bon et des inconvénients. Certain système
sera plus adapté comme préparation aux sciences (Descartes), un
autre à la métaphysique (Aristote)
Une philosophie est une mathématique des concepts ; plusieurs math. sont
possibles, plusieurs philo.aussi. La même vérité peut être
exprimée de façons fort diverses selon le système dans
lequel on veut l’incorporer. (L’idéal serait de savoir changer de syst.
de coordonnées). Des systèmes apparemment opposés sont
peut-être conciliables dans une synthèse plus haute (matérialisme
et spiritualisme = Teilhardisme !) On pourrait presque dire que le "catéchisme
" des enfants est une sorte de pré-philosophie écrite pour
des 10-12 ans... en termes aristotéliciens : pour eux comme pour des
adultes modernes il demeure inefficace. Il faudrait l’exprimer en usant d’autres
concepts, et la théologie aussi.
C’est presque toujours d’une ERREUR PHILOSOPHIQUE que naît l’hérésie.
Les doctrines religieuses les plus farfelues et bien de " pseudo-problèmes
" découlent de l’ignorance de la métaphysique. (exemples
développés au cours : introduction de la notion de temps EN DIEU
ou dans l’au-delà = problène inextricable de la prédestination
et ses conséquences : Protestantisme, Jansénisme ... L’opposition
entre nature et grâce (St Augustin) ou entre matière et esprit
(Aristote, Descartes ) a créé le besoin de chercher ensuite comment
les raccorder (-Leibniz "harmonie préétablie" !) La
notion " d’âme séparée " est sans doute aussi aberration
philosophique.
CONCLUSION : SOMMES-NOUS CAPABLES DE " PROUVER ",de DEMONTRER notre Foi
? C’est vraiment le sujet du Cours Philo.et Foi. Notons pourtant que " prouver
" et " démontrer " sont du jargon mathématique. En histoire, en
philo. on doit se contenter de certitudes morales, de plausibilité de
l’explication d’un fait historique par exemple. Pour la Foi, on établit
la VALEUR DE CREDIBILITE des divers arguments en faveur de la doctrine religieuse
que l’on veut adopter. Il ne saurait s’agir de démonstration CONTRAIGRANTE
: notre liberté est toujours respectée. Et pourtant, il y a bien
argumentation, faisceau de preuves, qui peuvent être analysées
isolément. Seulement il n’en est pas de 1a Foi. comme des math. Celui.
qui n’est pas doué en math.les dédaigne peut-être mais ne
se mêle plus d’y légiférer .. pourquoi faut-il qu’en religion
, sans connaissance spéciale, n’importe qui croie pouvoir philosopher
: rien n’est plus faux que la croyance populaire. Il y aurait beaucoup à
dire sur la masse des fantaisies dont ces penseurs naïfs ou suffisants
ont truffé nos dogmes !
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