LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ : PHILOSOPHIE ET FOI

RV.10

MARXISME ET FOI

par le Père Humbert BIONDI
III SOURCES PHILOSOPHIQUES de l’athéisme de Karl Marx.
Né de l’idéalisme allemand du XIX, le marxisme en a gardé les méthodes de raisonnement (logique) et le vocabulaire, tout en le vidant complétement de sa substance. Il est resté tellement rnarqué par l’idéalisme, que même en combattant l’idéalisme, le marxisme s’exprime comme lui ; cette haine de 1’idéalisme leur fait qualifier d’ " idéalistes " tous leurs adversaires... au point que, loin de pénétrer les doctrines des autres philosophies, ils ne cherchent jamais à refuser autre chose que l’idéalisme.)
(remarquer que le spiritualisme, la philosophie chrétienne, tient le milieu entre le matérialisme et l’idéalisme)
"GENEALOGIE" des philosophes idéalistes allemands
I SPINOZA (hollandais) : 1632-1677, leur ancêtre ! (cartésien) "DEUS SIVE NATURA " = "DIEU, C'EST A DIRE LA NATURE
DIEU est le seul être, la seule substance dont deux des manifestations (attributs) sont l'étendue (la matière) et la pensée.
" Tout ce qui est " est donc quelque chose de dieu (Panthéisme) (la matière est Dieu, l’homme est Dieu, l'esprit de l’H. est Dieu)
II KANT (Prussien) 1724-1804. Kant oppose le monde des " Phénomènes " (matériels ou humains) connus par les sens ... aux NOUMèNES (du grec " Nous ", l’esprit) êtres de raison, idées de l’esprit, commodes (pratique ) pour s’expliquer la structure et les mystères de l’homme et de l’univers ... mais dont l’existence réelle n'est prouvée pour K. que par le détour de l’obligation morale, c’est à dire par une sorte d’acte de foi. ( le "saut" des existentialistes )
Retenons que Kant a cru en Dieu et l’âme, après avoir été tenté de croire que Dieu était seulement une création de notre esprit
III FICHTE allemand aussi(1762-I814). disciple de Kant, fondateur de 1’idéalisme allemand , fut accusé d'athéisme à Iéna.
Son cours, imprimé sous le titre de " Guide de la vie bienheureuse " est pourtant très mystique... car, reprenant les idées panthéistes de SPINOZA, il aperçoit en tout homme quelque chose de divin :
" Le Verbe devient 1’existence d’une personnalité humaine consciente en tout homme qui sacrifie effectivement sa vie à la vie divine en lui." (Vie bienheureuse p. 190)
Malheureusement à force de voir Dieu partout, on risque de ne plus le reconnaitre nulle part tel qu’il est en réalité. Ce qu’il appelle "vie divine en lui ", c’est simplement la vie de son esprit à lui, et tout au plus les idées généreuses qui sont en lui (auxquelles il veut " sacrifier " quelque chose). Le divin en lui, pour Fichte, c'est simplement le meilleur de lui-même, et donc quelque chose de son esprit, et ce divin-là n’a rien à voir avec le VRAI DIEU ! (moi subjectif engendre son contraire non-moi objectif= dialect.)
SCHELLING (Wurtembergeois-1775-1854) spinoziste et disciple de Fichte, achève la pensée de Fichte en " découvrant " que le MOI est la seule réalité : "Le moi primitif et infini, source de toute réalité et de toute science ". ((Kant disait avec plus de sagesse, que les choses n’existent (pour moi) qu’à punir du moment ou mon intelligence a pu s'en. faire une idée .)) Sch. mystique voir J. Boehme + 1624-
IV HEGEL (1770-1831) " Hegel est un Fichte passé par Schelling " écrira Feuerbach dans sa " Critique de Hegel ".. Tous sont à Iéna en même temps (1790-1800 et plus). Chez Fichte, Hegel perfectionnera, 1’opposition entre : le moi-subjectif et le non-moi-objectif : c’est la racine de la dialectique de Hegel. C’est une méthode de pensée contre laquelle il n’y a rien à dire !
Chez Schelling " un ami auprès d’un ami ", Hegel trouvera confirmation de l'absolu du MOI. Mais " Hegel tenait l’idée absolue (Dieu) pour une certitude " [Feuerbach] Le vrai réel n’est pas le " particulier " comme tel, mais " l'Universel ". Les choses particulières ne sont que des apparences de cet Universel. Cet Universel est l’Idée du monde -note : il n’est pas que cela !- C’est le fondement premier du monde, L’Etre le plus intérieur des choses, la substance commune qui est la base de toutes les apparences. L’Idée, la Réalité vraie, sort d 'elle-même dans la nature, elle s’aliène (en créant) , pour revenir ensuite sur elle-même, vers elle-même, par l’esprit des H créés. Car ces esprits où la nature prend conscience de soi, se tournent vers l’Idée créatrice (Dieu). (( au sens du mot chez Hegel, on peut ainsi dire que l’Incarnation du Fils est aliénation de Dieu )).
V FEUERBACH (1804-1872) disciple de Hegel et maître à penser de Marx et d’Engels. Lorsque son ouvrage " l’Essence du Christianisrne " paraitra (1841) Engels décrira ainsi son influence :
« Il faut avoir vécu soi-même l’influence libératrice de ce livre pour pouvoir se l'imaginer : l’enthousiasme était général et du coup , nous sommes TOUS devenus Feuerbachiens ." Feuerbach en effet , bien que disciple de Fichte et de Hegel, tout en conservant leur vocabulairo, prend le contre-pied de leurs idées.
-La réalité vraie n’est pas l’esprit de l’homme, ni son " moi ", mais sa nature humaine concrète. Son moi n’en est qu’un reflet.
-La réalité divine, qu’on l’appelle Idée, Universel, Absolu, n‘existe pas. Elle n’est qu’un reflet, une illusion de mon esprit. " L’essence divine n’est rien d'autre que l’essence de l'homme.”159 La religion est une illusion qui vient de ce que l'homme considère le concept de son espèce comme un étranger présent en lui, qui le dépasse, alors qu’il ne s’agit que de la conscience de son être propre- En s’opposant cet être intime comme une réalité étrangère, il se crée à lui-même son Dieu. ”Le Dieu de l’homme est sa propre essence."62.63. En bon idéaliste il écrit "nous ne pouvons rien affirmer qui soit autre que nous” 63. (3è raison de l’ath. de Marx)
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