SAINTETE ET MEDIUMITE
L’ordre du Christ, qui enjoint de "renoncer à soi-même, de perdre son âme, pour la sauver”(1), a souvent été compris seulement au sens moral, comme s’il fallait changer nos actes ou nos options de vie. C’est notre être qui doit se structurer sur Dieu. Par la dépossession de soi, le saint, se livre au Christ, soit comme Homme-Ressuscité, soit comme Verbe, pour lui être une "incarnation de surcroît "(2). Dieu assume les saints de toutes les religions.’ Qui ne voit, à la lumière de nos précédents fascicules (pages 24 et 26), que cet état de démission de soi est précisément la situation du médium en général et surtout du médium par incorporation (page 6). On pourrait en dire autant de l’humanité de Jésus. Malgré la réalité de son corps et de son âme d’homme, sa personne humaine(3) étant remplacée par celle du Verbe, son être humain est assumé par le Verbe, Conscience Divine. L’humanité du Verbe est l’intermédiaire fonctionnel du saint ! Quoi de plus médiumique ! Ce qui a permis à Teilhard d’écrire: "Le Christ est le seul vrai médium "(4).
1) Matthieu XVI.24.25 – Marc VIII.34.35 – Luc IX.23.24 et XVII.33
2) Selon la belle formule d’Elisabeth de la Trinité, carmélite de Dijon, béatifiée en nov.84. Le Cardinal de Bérulle, introducteur des carmélites en France, au début du 17ème siècle, leur avait prescrit un "vœu de servitude" (à Jésus-Verbe de Dieu). Même sans ce "voeu", ”l’abnégation de soi", comme disait Bérulle, demeure traditionnelle au Carmel de Dijon.
3) La théologie scolastique précise que c’est la "subsistence" de sa personne humaine qui est remplacée par la ”subsistence" de la Personne du Verbe. Le mot "personne" a ici son sens ontologique, et non psychologique. Jésus avait une certaine personnalité, c’est à dire une manière h lui de vivre, de s’exprimer... La plupart du temps ceux qui évoquent le respect de la "personne humaine", veulent parler de notre personnalité, de notre liberté de choisir des modes de vie où s’épanouira notre personnalité.
4) Dans le Journal de février 1920. Voir la note 20, page 29. Teilhard précise: "l’organe fait pour voir Dieu, ce n’est pas l’âme humaine isolée; c’est l’âme humaine unie à toutes les autres, sous l’Humanité du Christ. Nous atteignons Dieu... dans la mesure où nous sommes assumés par le Christ dans les prolongements mystiques de sa substance (divine)... Jésus n’est pas un intermédiaire qui sépare de Dieu, mais un milieu qui unit. ”Philippe, qui me voit, voit le Père". (Tome X: pages 22.23.26).

fleche_haut
fleche_gauche34
INTERCESSION DES SAINTS ET MEDIUMITE
Que Jésus-Homme-Dieu soit médiateur et intercesseur a toujours été la croyance commune de toutes les Eglises. Le Christ n'est pas seulement ”Roi" pour des raisons juridiques parce que le Père par exemple en aurait décidé ainsi. Jésus est le médium du Verbe et la fonction du Verbe structure la Création (comme elle structure(5) La Trinité.'): ”Tout a été créé en Lui et pour Lui”. L’action des prêtres est aussi une fonction de médium de L'Humanité du Christ... Et d'une façon analogue, on en dirait autant de la fonction d'intercession des mystiques et des Saints, qu'ils soient encore de ce monde ou officiellement catalogués dans le calendrier au jour de leur naissance au ciel (6).
Telle était la doctrine commune des Eglises avant la Réforme. Hormis la confession protestante, les Eglises croient toujours à l'intercession (7) des saints, c’est à dire à leur possibilité d'intervention en notre faveur, pour nous qui sommes dans ce monde-ci ou dans l’autre, à partir de leur Survivance dans l'au-delà.
Mais nous interrogeons-nous sur l'étrangeté de notre relation aux Saints dont nous vénérons le souvenir? Pour être passés au monde de résurrection, ils n'en sont pas moins morts
5) Origène utilise des termes mathématiques pour faire comprendre cette fonction structurante du Verbe. Le Verbe est le système, le théorème, (nous dirions l'équation) qui structure tout être, y compris celui de Dieu.
6) Les dates des Fêtes des Saints ont été corrigées par l'Eglise afin de les placer précisément au jour anniversaire de leur mort. Le martyrologe appellait "dies natalis" (jour de naissance au monde de résurrection) le jour de la mort des martyrs...
7) Dans les oraisons des messes de la fête des Saints, nous relevons fréquem-ment des formules qui expriment cette certitude. "Que la prière de Saint X. nous recommande à ta bonté, Seigneur...", "Accorde-nous, par l'intercession de Saint Y., de renoncer à nous-mêmes pour t'aimer plus que tout...", "Que la prière des Sts Apôtres Pierre et Paul vienne à notre aide, Seigneur..." "Que la prière de tes Apôtres nous inspire et nous soutienne..."
Ces formules sont extraites du Missel actuel. L'ancien tvlissel était encore plus expressif: "Que nous ressentions les effets de la protection de St Z. dont nous célébrons la Fête", "Accorde-nous, Seigneur, que tes Saints prient pour nous intarissablement (jugiter) et que nous les entendions toujours” ! (Fête des Saints Patrons, Confesseurs et Martyrs de Paris, au 20 Juin).
fleche_haut
35fleche_droite