| QU'EST - CE QU'UNE RELIGION ? |
R.7 |
| LES MORALES QU INSPIRENT LES RELIGIONS |
par
le Père Humbert BIONDI |
Bien des gens jugent de la valeur dune religion sur les gestes extérieurs, sur le comportement
social des croyants. Les païens sémerveillaient : " voyez comme ils saiment !
. Peut-on donc
savoir si une religion est supérieure à une autre en regardant vivre leurs fidèles ? Malgré le décalage, inévitable, entre ce quon croit et ce quon pratique,
il est plus clair de juger
AU NIVEAU DES PRINCIPES DACTION . Essayons de déterminer ce que signifie LE MAL ou LE BIEN , ce qui constitue le MAL ou la
BIEN selon les morales et les religions.
1. LE MAL - DEFINI PAR RAPPORT AU CLAN
Dans les sociétés primitives, les notions de " tabou ", dinterdits religieux, recouvrent
le plus souvent une recherche traditionnelle de l'intérêt du clan. Même si le Dieu des
primitifs est
BON, c'est surtout le MAL qui est défini par ces tabous et interdits. Les rites dinitiation
ouvrent la
porte de lâge adulte : ils permettent dagir en adulte : par exemple le mariage, interdit
auparavant,
sera permis. Le mal, jusque là délimité par les tabous sexuels, nexistera plus.
En somme les
primitifs ont beaucoup de définitions du mal et peu ou pas (sauf implicitement) de définition
religieuse du Bien. Si par exemple : un esquimau expose au froid le vieux ou l'infirme, sa religion
ne dit pas que cest bien : la coutume le veut ainsi ! Mêrne dans des sociétés aussi
évoluées que
lEgypte ancienne , cest le mal qui est encore défini avec soin. Le Livre des Morts
détaille surtout
le mal que le mort na pas fait : un dernier alinéa, tardif, ajoute : " Jai fait ce
dont parlent les
hommes et ce dont se réjouissent les dieux. Jai contenté Dieu par ce quIl aimait.
J'ai donné du pain à l'affamé, de leau à l'assoiffé, des vêtements à qui
était nu, une barque à qui nen avait pas.
J'ai fait des offrandes aux dieux et des oblations aux mânes (et c'est tout)
2. NEGATION DU BIEN ET DU MAL QUAND DISPARAÎT LA RELIGION GRECQUE ou romaine
Le but de la vie est alors défini comme le plaisir (hédonisme) :
Aristippe de Cyrène (IVs) ou comme la recherche du bonheur (eudomonisme) :
morale dAristote (384-322), morale dEpicure (341-270). Notez que pour
eux le sage sait, doit
trouver le suprême bonheur dans les plaisirs de lesprit. Et même pour Plotin (3ème
s. après JC) :
il nie toute religion, mais se consacre à la contemplation de l ETRE : action suprême
et suprême
bonheur . On en dirait autant de la religion de l'Inde ou du bouddhisme... le mal cest la
matière,
le monde.
3. LE MAL - DEFINI PAR RAPPORT A DIEU
Même la morale juive est encore une morale négative : le Décalogue lui-même
défend le péché et
nordonne quindirectement le Bien. Dire : " Ne fais pas aux autres le mal que tu ne souhaiterais
pas quon te fasse " cest étab1ir une règle morale, à peine supérieure
à la loi du talion ( tel talis).
Venue de la tradition perse, lidée du Dieu du Bien et du Dieu du Mal influencera le
judaïsme
ancien : les moines de Qoumran avaient un récit de " La guerre des fils de ténèbres contre
des Fils
de Lumières " ... qui reprend la doctrine et la morale du mazdéisme : lutte entre Ahura Mazda,
et
Ahriman . (Jésus utilisera souvent lexpression fils de Tén. ou Lum. ")
4. LE BIEN - DEFINI PAR RAPPORT AU PROCHAIN
Loriginalité essentielle de la morale de Jésus est double : dabord cest
une morale POSITIVE : "
Fais aux autres le Bien que tu souhaiterais quon te fasse ". Ensuite ce BIEN est défini
par rapport à
lautre , et moins par rapport à Dieu. Qui dit quil aime Dieu et qui naime
pas son frère est un
menteur ... comment peux-tu dire que tu aimes Dieu que tu ne vois pas, puisque tu naimes pas
ton
frère que tu vois ". St Jean 1ère épitre 4-20
Alors que chez Platon le Bien était défini par rapport au Bien Suprême
(Dieu) , par rapport à l'amour du Bien Suprême , le christianisme a défini comme
égaux -
équivalents lamour de Dieu et celui du prochain. La morale sociale sen est trouvée
complètement transformée : égalité des hommes entre eux, égalité de 1'homme
et de la femme ,
respect de l'enfant , né ou à naître, tout dérive du précepte de Jésus.
Il ne sagit plus en effet de justice distributive mais damour , qui ne peut commencer
qu'après la
juste distribution qui doit être dépassée. La morale de largent de Jésus est
révolutionnaire et sans
doute applicable seulement par des saints ! Le don du superflu"(et même du nécessaire) nest possible que si tout la monde le fait en même temps ... sil n'y pas de profiteur
paresseux
etc. (ex. communautés de moines ou de clarisses où lengagement à la Charité
envers le prochain
est alors praticable DANS LA communauté, et toujours aussi difficile en dehors de la communauté
)
CONCLUSION : LE BIEN DEFINI PAR RAPPORT AU CHRIST - HOMME PARFAIT ET HUMANITE PARFAITE FUTURE
Bien que Jésus ait dit :"Soyez parfaits
comme le Père céleste est parfait", la
référence du chrétien, pour choisir ce qui
est moral, cest le Christ lui-même .
Ressembler à Jésus ou mieux laisser le
Christ revivre en nous, comme son corps
et son âme dhomme ont agi en
dépendance du Père : tel est le code suprême de la moralité. Pas
seulement agir comme le Christ aurait agi
à ma place, mais agir ainsi parce qu il veut
agir ainsi en moi.
Le chrétien est théoriquement prémuni
contre la tentation de faire de langélisme " qui veut faire l'ange fait la
bête " Pascal (chercher lInfini pour le
contentement de soi seul ) et de se
désintéresser de la marche du monde.
Souvent on accuse les chrétiens de se
consacrer à la recherche du Ciel ... et
doublier les réalités terrestres. Le schéma
du Concile sur lApostolat des laïques"
(nov.65) oriente notre effort : Voici le
dessein de Dieu touchant le monde
comme tel : que tous les hommes , dun
élan fraternel, fassent progresser 1'ordre
temporel et laméliorent sans cesse...
L'Oeuvre de Rédemption du Christ
concerne, de soi, les hommes à sauver :
elle embrasse donc aussi le
renouvellement de tout lordre temporel.
La mission de lEglise ne se borne donc pas à
apporter aux hommes le message du
Christ et sa Grâce, elle implique aussi la
pénétration et l'achèvement de lordre
temporel par lesprit évangélique."
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