QU'EST - CE QU'UNE RELIGION ?
R.5
LES DIFFERENTS MYTHES RELIGIEUX
par le Père Humbert BIONDI


Les Classiques ont prôné la RAISON jusqu’à l'excès. Pour eux rien n’était vrai qui ne fût universel et logique : la vérité résidait , se découvrait dans l' explication par l'intelligence.” La folle du logis ”, l'imagination (pour Malebranche auteur de la. ”Recherche de la Vérité ” 1674-75) ne pouvait être que maîtresse d’erreur.
Les Romantiques et les Modernes - c’est tellement évident en ART - ont remis à la mode l’imagination. Ils ont compris par exemple qu’il y avait un art de l'explication-reproduction : l’art figuratif et aussi un art de l’interprétation par l’imagination : l'art ” abstrait ” ou non figuratif.
Toutes proportions gardées, il en est de même en sciences ou en religion. Les théories scientifiques - les hypothèses de recherche - sont oeuvre d’imagination autant et plus que d’intelligence : qui démontre ensuite. Le mythe religieux va donc aussi être une interprétation par l’imagination qu’une réalité insaisissable par l’intelligence.

1. QU’EST-CE QU’UN MYTHE ?
Mythe est la transcription du grec ”Muthos” (récit-légende-fable) au sens de ” ce qu’on raconte ” ou " récit fabuleux ". Mais ne fa.isons pas le contresens de prendre 1e mot ” mythe ” péjorativement ! La. mythologie qui pour nous n’est que récit fabuleux, était pour les grecs la présentation poétique, allégorique, symbolique des réalités insaisissables -mystères de Dieu et de la Nature . SOUS LE MY'THE SE CACHE UN GRAND FAIT naturel, historique ou philosophique... UNE REALITE PROFONDE SOUS FORME SYMBOLIQUE.

2. L'IRREMPLACABLE ROLE DU MYTHE : Parce que l’intelligence ne parvient pas à déchiffrer l’énigme de la divinité, ou à percer le mystère des origines, 1' imagination vient à son secours et produit - sous 1a forme d’un mythe - un résumé du problème et diverses interprétations possibles de ses so1utions. Lorsque Bouddha. déclare : " L’Infini est un mythe ” ou ” l’âme est un mythe ”, le mot ” mythe ” a presque le sens du mot " noumène " pour Kant : être de raison qui est la. seule explication plausible mais dont l’existence n'est pas évidente : Dieu tel qu’il est en soi et non tel que nous croyons le concevoir... Dieu, être de pensée, indispensab1e à toute pensée 1ogique.
Dans tout mythe, l’expression symbolique permet au message de se transmettre. Personne n'est dupe : les personnages du mythe peuvent être conventionnels, fruits de notre imagination, la vérité religieuse peut surgir de la méditation du mythe : "Les hindous expriment le mystère divin par la fécondité inépuisable des mythes " (Vatican II : Déclaration sur les religions non-chrétiennes ; 28 octobre 1965)

3. LE RÔLE DU MYTHE DANS LA RÉVÉLATION DE DIEU en SOI
Le prophète, le voyant, ne peuvent pas donner PAR LES MOTS l’équivalent exact de ce que Dieu leur aurait révélé : toute connaissance de Dieu , même par Révélation, ne peut être que symbolique. L'Écriture sacrée n’est " nullement la ”Révélation en elle-même ”, elle est, comme dirait Jaspers, le "chiffre de Dieu ” ou, comme disait Tillion (+1965) , le ”symbole ”, le tenant-lieu, le ”sacrement, qui participent à la réalité de ce qu’ils désignent. En ce sens on peut dire que toute idée de révélation a besoin du mythe, utilise les images, mots, récits, manières de penser du mythe, pour s’exprimer. NOTE POUR JASPERS : ON "EXPLIQUE " LES REALITES PHYSIQUES, ON " COMPREND" LES REALITeS PSYCHIQUES

4. LE ROLE DU MYTHE DANS L’ANALYSE DU RAPPORT DE DIEU A SES CREATURES
a) Comme s’il s’agissait des prémisses de toute philosophie, le mythe de création, auquel l’homme a presque toujours recouru, supprime l’idée de recherche de cause, affirme l’autorité d’un début absolu avec au moins autant de bonheur que l’affirmation sereine - et tout aussi naïve - de Marx et de Lénine : "la matière est infinie en espace et en durée ". Substituer le mythe de ”l’éternité de la matière ” (contradictoire dans les mots) au mythe de création n'avance en rien la solution du problème des origines. La création implique philosophiquement dépendance dans ordre logique et ontol.
b) De même le mythe du PARADIS TERRESTRE, ou du ” PECHE ORIGINEL", expriment soit la grandeur du dessein divin sur l'homme, sans maladie, sans mort, sans ignorance même sur Dieu puisqu’ils connaissent Dieu face à face - soit l’impuissance de l’homme à accomplir quelque chose d'étranger au plan de Dieu (là réside le péché) ou l’impuissance de l’homme à accéder par ses propres forces seules à la divinisation promise par Dieu.
c) cette résurrection que chaque religion a comprise à sa façon, cette ”surexistence ” comme dit Guitton, cette sublimation du corps, nul ne sait exactement en quoi elle consiste : et toute représentation, toute interprétation NE PEUT ETRE QUE MYTHIQUE, c’est à dire imaginaire ! Cela n'empêche absolument pas de " l’attendre " comme chante notre Credo, avec foi et confiance.
(1a résurrection de Jésus n’a rien à voir avec celle d’Osiris par exemple ! )

5. LE ROLE DU MYTHE DANS LES EXPLOITS DES HEROS, DES DIEUX, DES SAINTS
C'est un lieu commun de reconnaitre dans la Bible du "Midrash ”, poème d’édification (vie romancée en vue de transmettre une émotion de conversion) Toute histoire est déjà une mythologie car elle supprime des faits ordinaires de la vie du héros qui l’eussent ramené aux proportions humaines (Il n'y a pas de grand homme pour son valet de chambre...), car l’histoire met en valeur, suscite le mythe du héros : même Jésus dans l'Evangile n’y échappe pas. Toute vie de prophète, de saint raconte son expérience psychique de Dieu narre les exploits dont elle sous-entend qu’ils ont été accomplis EN UNION A DIEU, afin de permettre au lecteur, à l’auditeur de répéter l’expérience, de renouveler le mystère de l'homme qui offert à Dieu, a été immolé et est ressuscité .

CONCLUSION : si nous usons du mot "mythe ” avertissons afin d'éviter tt contresens. Le mythe c'est laisser la porte ouverte à la réflexion à la méditation, à l’admiration des analogies, des significations des symboles Sans symbole il n’y a ni poésie, ni prophétie, ni religion, ni même intelligence !


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