QU'EST - CE QU'UNE RELIGION ?
R.20
L’ACTIVITE HUMAINE JUGEE PAR LES RELIGIONS
par le Père Humbert BIONDI

Les textes classiques nous ont habitués à la religion utilitaire de l’antiquité : auprès des HEROS paraissent des prêtres, des devins, dont la mission ”spirituelle” consiste à permettre ou interdire - par des conseils émanés des dieux - à telle ou telle date, l’ACTION HUMAINE : les aventures, même amoureuses et surtout les entreprises guerrières. Ce n’était pas la MORALITE de l’acte qui était en cause, c’était la permission des dieux, souvent complices ! Calchas (Guerre de Troie) - Iphigénie - conseille la ruse du cheval de bois creux ; Tirésias ( DeLpheS ) dans l'histoire d'Oedipe ...
Le problème de la légitimité de l’action humaine ne se pose vraiment que COMME UN CHOIX entre l’ action dont les fruits seront terrestres et l’action dont les " fruits spirituels " seront la préparation d’une béatitude céleste.
L’histoire suivante souligne cette opposition entre DEUX BUTS DE LA VIE : Au Maroc, comme je faisais remarquer à un arabe la rapidité l’efficacité d'une machine moissonneuse-batteuse américaine, ce musulman cultivé me déclara :”A vous, la Terre ! à nous : le Ciel !"
I. LA RELIGION, JUGE DE L‘ACTION HUMAINE PAR SA MORALE (voir R. 7 verso)
II LES RELIGIONS ACTUELLES DEVANT L’ACTION HUMAINE
a) Les religions de l’Inde : ”Les sages hindous out pensé qu’il fallait aux hommes renier la Terre, ses passions, ses anxiétés, son EFFORT ”. Ce monde est un mauvais songe, une illusion (Maya). Les mystiques hindous enseignent : "Dissipez cette Maya, étouffez tout bruit et alors vous vous éveillerez dans la Vacuité essentielle, où il n’y a ni son, ni figure, ni amour” Cette doctrine de passivité, de détente, de retrait des choses, enseigne donc à trouver Dieu en niant ce monde. Cela explique l’apostrophe de Gandhi s’étonnant de ce que ”le peuple le plus religieux de la terre soit aussi le plus pauvre”. L’attente de la béatitude céleste comme nirvana (anéantissement de soi, et de son activité) a eu des conséquences économiques considérables, ce refus de faire vivre le corps, la terre, pour que vive l’esprit, a engendré l’incurie, la famine, la misère, la mort. ”Ne nous laissons jamais émouvoir par l'énorme sophisme oriental"(Teilhard)
b) La religion musulmane : a eu le mérite de prêcher aux bédouins ido1âtres le Dieu Esprit, l’Unique . Mais l’Islam a rejeté l’Incarnation que ses sources judéo chrétiennes lui avaient révélée. Religion de stagnation par sa conception de la fatalité :”C’était écrit " dispense d’agir et même de chercher à surmonter les difficultés qui deviennent ainsi l’expression d’une VOLONTE de Dieu de ne pas nous voir agir ! La misère assez générale dans les pays arabes (visitez Le Caire ou Fez ! ) semble une conséquence économique d’une très mauvaise philosophie. Ici encore, malgré Marx, ce n'est pas l'économie qui engendre la religion, mais la religion qui modèle l'économie. Une amélioration ne serait concevab1e que par une ouverture vers 1’Incarnation : Dieu veut faire des hommes ses fils. Sinon le rêve marxiste de " l'Homme Dieu pr l’H".les éblouira.
c) la religion perse (mazdéisme d'origine iranienne)(pour memoire): l'idée de la collaboration humaine à l’action du Dieu du Bien (Ahura Mazda) contre Ahriman(Mal) encourage à agir bien...
d) le judaïsme enseigne au peuple choisi son élection, son Alliance avec Yahweh. Dieu agit PAR LES SIENS dans le monde, dans l’Histoire. Le peuple juif est le MESSIE, agissant donc au nom de Dieu. L’action humaine est action de Dieu .
e) Le christianisme : par la tradition juive continue à concevoir le rôle de l’action des individus comme c) et oelle de l'Eglise-Peuple de Dieu comme d).
- l’Eglise d’Orient a souvent considéré la PRIERE comme la plus haute action humaine : ses ermites, stylites, orants de toutes sortes ont refusé presque toute action - cette tendance a même fait pfs juger inutile ou coupable l’act.humaine... Cette tentation de se réfugier ds la prière (sectes guérisseuses) est plus une erreur philosophique sur le mode d’action de Dieu que religieuse !
- Les PROTESTANTS condamnent les ”oeuvres humaimes” qu'ils jugent inefficaces pour le salut, voire coupables . Il s'agit simplement d’appliquer logiquement la notion classique du Péché Originel : la volonté de l’homme est souillée, elle ne peut rien accomplir de bon, encore bien moins mériter le salut par ses propres forces , par ses actions. L’action humaine qu’inspirerait la Grâce devrait même être jugée impossible : seul le Christ agit quand il sauve les siens. Ce pessimisme AUGUSTINIEN (R.8 et R.9) a donné mauvaise conscience au croyant qui considérerait l'action humaine terrestre autrement que comme un moyen pour le ciel
- Le catholicisme pessimiste vit toujours : ces phrases comme : ”nous sommes sur la terre pour preparer le ciel” est comprise au sens : rien de ce que nous faisons ne doit nous distraire du principal : le ciel. Le Ciel et la Terre sont en opposition et non en continuité. Je dois mépriser la Terre pour aller au Ciel . C'est cette conception de la religion a mérité le reproche d’être "l’opium du peuple". Cette façon de concevoir l’action h. conduit le chrétien à se désintéresser du progrès et même de sa propre vie, de son propre bien-être ou de celui des siens . Elle est asocial et stérile comme le fatalisme musulman ou comme la passivité hindoue !
- Le catholicisme optimiste a confiance en l’homme tout en sachant ses limites . C’est le vrai et traditionnel christianisme : celui de Ste Thérèse d’Avila active bien que contemplative : agissant en union d'amour au Christ actif lui-même . Celui des vraies religieuses : de Catherine de Sienne (Gloire au Père et à Toi) à Louise de Marillao (St Vincent de Paul et petites soeures du Père de Foucauld) considérant leur action charitable comme celle du Christ en elles . Poussée, pilotée par l’Esprit de Dieu, l’action humaine est celle-même du Christ dont le chrétien est ainsi 1a réincarnation . La phrase : " nous sommes sur la terre pour préparer le Ciel” prend un sens nouveau Voir Cours Teilhard p.5 : ” Les uns disent : ”Attendons patiemment que le Christ revienne."- Les autres :”Achevons plutôt de construire la Terre.” les vrais chrétiens pensent:"Pour hâter la Parousie (retour du Christ), achevons de faire 1’Homme sur la Terre.”(1949)
”Au Ciel , oui, par l’achèvernent de la Terre !” ”Le Christ attend pour reparaitre que la collectivité humaine, achevée pleinement, soit enfin devenue capable de recevoir de Lui sa consommation surnaturelle” (1948)
Revoir le texte de nov. 1965 de Vatican II :”l’Apostolat des laïcs” R.7(conclusion)
La ”constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde de ce temps” (ancien Schéma -déc. I965) consacre un chapitr e entier (III)à "l'àctivité humaine dans l’univers" : "bien qu il faille judicieusement distinguer le progrès terrestre de la croissance du Règne du Christ, ce progrès a pourtant grande importance pour le Royaume de Dieu... Mystérieusement le Royaume est déjà sur la Terre, il atteindra sa perfection quand le Seigneur reviendra,.”§39-2 et 3.


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