QU'EST - CE QU'UNE RELIGION ?
R.19
LES SAUVEURS DES RELIGIONS
par le Père Humbert BIONDI

Le sens du mot "Sauveur” a beaucoup évolué . Chez les Grecs, le mot se rattache sans doute à CORPS (sôma) : ce qu’on sauve. C’est assez dire que le salut n’est alors que la santé, la. protection, la préservation de la VIE, condition première du bonheur - L’épithète de ”sauveur" est ainsi attachée une fois ou l’autre, au nord de n’importe quel dieu.
Les ”mystères” et les religions mystiques immédiatement antérieures ou contemporaines de l’expansion du christianisme assureront le SALUT DE L’AME, par des rites magiques ou initiatiques ( connaissance secrète des évènements de la vie intime de tel dieu - gnose signifie connaissance – ). Plus rarement un certain perfectionnement de la VIE MORALE était exigé du myste (initié) comme condition à son achmission (pythagorisme,orphisme ? ).
Le ”salut pour l’au-delà” provenait alors de l’initiation qui était une sorte de répétition préliminaire de la mort et de ses angoisses. Confiant en la protection du dieu, sachant ce qui se passerait - comme pour le dieu - le myste pouvait mourir tranquille : il serait accueilli comme membre de la clientèle (au sens antique) du dieu.
I. L’ORIGINALITE DE LA NOTION DU ”SALUT" CHEZ LES CHRETIENS
a) la. TRADITION JUIVE possédait une tradition de SALUT PAR LA SOUFFRANCE (Psaume 22 -Isaïe:ch 49-50-52-53) : le Juste (le Messie ou le Peuple Juif en corps) rachetait en souffrant l’infidélité à l'Alliance , les fautes personnelles (individuelles ou collectives) ((Notez qu’il ne s’agissait pas du tout de ce que nous appelons le péché oria-G tl iS t¿d„ginel : l’idée du P.0. héréditaire, chez les juifs, fut ”opinion de rabbin"))
b) Saint PAUL - et surtout ses exégètes - a, fourni matière à UNE THEOLOGIE DE LA REDEMPTION PAR LE RACHAT qui a fait fortune dans l’Eglise d'Occident : i1 s’ agit d’une justification le Christ nous sauve par sa mort en rachetant le P.O. et nos péchés.
c) Dans l’Eglise d’Orient, le salut consistera surtout dans une DIVINISATION de l'homme par Dieu, qui, par surcroît, comporte la purification des péchés : la barre de fer, mise dans le feu, est FEU et donc propre...
d) Ainsi , le chrétien, par le Baptême et les sacrements est identifié au Christ, à son humanité ressuscitée, et divinisée, pour être, coome Lui, lié d’ amour (sinon par nature) à Dieu comme Père ...
c) C’est dans la Résurrection de Jésus que le chréstien trouve le motif de salut pour l'au-delà. Comme 1e Christ est ressuscité, le chrétien, autre Christ, connaitra cette transformation de son corps, qui est déjà un peu celui du Christ, en corps glorieux, ”Surexistence et sublimation du corps” comme écrit Guitton (Réalités spirituelles : page 11)
f) Le salut est enfin considéré comme un collectif et non. comme un salut individuel. L’ensemble des sauvés constitue l’Eglise vraie, le nombre global des élus, le Plérôme : tous ceux qui, individuellement identifiés au Christ, constituent son INCARNATION COLLECTIVE ET GLOBAL.
II. LA CONCEPTION BOUDDHISTE DU SALUT
a) Les religions de l'Inde, malgré leurs grandes divergences doctrinales, acceptent toutes la loi du karman : rétribution du bien ou mal accompli. La REINCARNATION en est la conséquence logique et l’idéal (le salut) consiste à la mort, à sa résorber en Dieu(nirvana) - tellement le désir de Dieu l’emporte sur le désir de la vie ou des biens d’ici-bas : "C’est vers Celui auquel on pense que l’on s'en va” (Bhagavad Gita)
b) BOUDDHA proposera à ses moines LA MAITRISE DES DESIRS afin d’éviter d’avoir à se réincarner, mais surtout pour atteindre DÈS ICl-BAS un certain équilibre et bonheur par l’équilibre des désirs.
c) Généralisant son système, Bouddha en viendra. à déconseiller le désir de Dieu, car ce désir, inassouvi ici-bas, engendre alors tristesse et doute.
d) Personnellement Bouddha ne s’est pas proposé comme ”Sauveur”. Ses fidèles le considèrent comme un modèle. Il ne s’est jamais prétendu "dieu”, même si une grande partie de ses descendants spirituels le considèrent comme une incarnation de la divinité. En ce sens nous le serions tous.
e) Si l’on veut comparer Bouddha et Jésus , il faut bien insister sur le fait que Bouddha n’est qu'un professeur d’énergie morale, tandis que pour le chrétien, JESUS est non seulement professeur d’énergie, Il est ENERGIE celle de son humanité : corps et âme EN NOUS pour celui qui croit : sa médiation est nécessaire pour recevoir la Grâce .
III LA SIGNIFICATION MODERNE DU CHRIST SAUVEUR
a) Jésus ne s’est pas incarné pour effacer une défaite de Dieu ! Il est voulu par Dieu comme le Glorificateur de la Trinité par l’amour qu’il lui offre EN SON COEUR D’HOMME. Rédempteur, il l’est, en ce qu’Il nous associe à cette fonction suréminente. (Duns Scot, Bérulle, Déodat de Basly, P.Seiller) Comparer les traductions de I Timothée 2-5 sur ”l’Homme Jésus-médiateur”.
b) Le Père Teilhard de Chardin a cherché ”à dégager dogmatiquement dans la Personne du Christ, la face et la fonction cosmiques qui le constituent PRINCIPE ET DIRECTEUR, AME DE L’EVOLUTION " . Le Christ évoluteur est ”coextensif à1’énormité spatiale” pas seulement en tant que Verbe, mais comme humanité ressuscitée (P.Rideau :Pensée ds T. p.400.418.399=St Paul)
c) A la limite, même si Jésus n’avait été qu’un myste symbolisant tout l’effort de l'humanité à la recherche du salut, c’est à dire d’un dépassement de la Charité du don de soi aux autres, en vue d’une certaine maturation-évolution de la Terre, la notion de Sauveur engloberait tous ceux qui auraient sacrifié leur moi agoïste aux intérêts supérieurs de l'Homme. On retrouverait alors une notion collective et universelle du Messie, analogue à celle des Juifs en I a) . (cf. ”Le dernier des justes”)
CONCLUSION Du ”salut” terre à terre de l’individu, à son salut moral et au salut de son ”âme”, la notion de salut s’est étendue à celui de groupes humains puis à toute l’humanité. D’un salut présent dont on ne se contentait plus, on a envisagé le salut futur de toute la collectivité terrestre, et sa transformation en ce que tout le monde espère confusément : "La Vie à la plus haute puissance”, l’Homme qui devient Dieu.

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