QU’EST - CE QU’UNE RELIGION ?

R.18

DIEU PEUT - IL ETRE TRANSCENDANT ? (SUITE)

par le Père Humbert BIONDI
La transcendance de Dieu peut être imaginée dans son rapport avec le temps et l’espace (§I) , conçue par la Raison (§ IIa), expérimentée comme une CONSCIENCE PERSONNELLE (IIa), Source d’Amour-don de soi (AGAPÊ) (§ IIc) ou simplement affirmée pour réserver le domaine de l’inconnaissable divin (IIb) ou l’objet possible d’une Révélation (§ II a).

III. COMMENT TRADITIONNELLEMENT CETTE TRANSCENDANCE EST-ELLE EXPRIMEE ?
a) Pour les idéalistes purs, la transcendance exprime naturellement l’ETRE (L’IDEE) qui seul existe (la matière n’étant qu’une illusion, création subjective, projection hors de soi de l’idée qu’on en a) : Matière = MAYA = illusion )
- chez PLATON : Dieu est " la Réa1ité en soi" (Phédon 75d) que l’âme connaît pendant sa préexistence en Dieu avant la naissance à la vie humaine ... L’âme est d’une nature analogue (émanée) à celle de la Réalité en soi (77). Elle est du ”domaine de l’Hadès" (Aïdès = invisible):80d) ; elle est du domaine de la Pensée (79d), du domaine de l’ESPRIT d’Anaxagore( 97c). L’Esprit est en effet "cause universelle et ordonnateur", force et puissance divines(99c) dans l’Univers. Cependant Socrate admet que cette Réalité ainsi IMMANENTE puisque active dans le monde, soit le ”BEAU EN SOI, ET PAR SOI" , ”POINT DE DEPART ET DE BASE" (Phédon IOOb) : tout le reste n’est qu’ombre (Caverne), illusion.
- sont encore idéalistes, d’une manière aussi radicale, certains philosophes du brahmanisme et même du bouddisme. ( En Occident la mode en est passée... )
b) Pour les spiritualistes, la transcendance de Dieu est affirmée en même temps qu’est reconnue l’existence de la matière (Univers, corps etc.)
- chez ARISTOTE : Dieu " Premier Moteur immobile" est la Forme suprême qui agit dans la Matière qui est éternelle, c’est à dire éternellement en dépendance du Premier Principe. Dans un être vivant par exemple : l’âme est la " forme " du corps. Aristote enseigne même que dans un être vivant la forme et la FIN, la cause formelle et la cause fiscale sont confondues : car la forme meut la matière en tant que cause finale (" Dieu meut le monde en tant qu’objet d’amour") : et ce qui se trouve exister manifestement à la fin ETAIT AGISSANT PENDANT
- en ce sens (peut-être sans s’en douter) le P. Teilhard de Chardin est le plus moderne des aristotéliciens ! (bifacité de la substance du monde : Cours p.7.8. ) - l’Eglise, disciple de St Thomas d’Aquin et donc d’Aristote (expurgé) croit aussi fermement à l’existence de l’âme que du corps, de Dieu que du monde : elle ne mérite absolument pas le reproche d’idéalisme actuellement. Elle affirme la transcendance de Dieu au nom de la philosophie sans doute, mais surtout au nom de 1’expérience des PROPHETES BIBLIQUES et des paroles de Jésus.
c) Pour les modernistes et néo-modernistes : Robinson Ev.anglican 1963 " Notre expérience de Dieu (voir p. 17-24 à 27 ) est une conscience du transcendant". ”Dieu est l’au-delà au cœur de nos vies (Bonhoeffer) "1a profondeur de notre ”vie” (Tillich). ”Dieu n’est pas en dehors de nous, et pourtant il est profondément transcendant” Cette signification ultime de l’existence requiert... l’attentation au Toi de l’autre ”En s’ouvrant à l’amour envers l’autre, en s’engageant à l’amour envers, l’autre, l’homme se dépasse lui-même" (Tillich) ”Dieu n’est pas extérieur ou en dehors, mais se trouve dans, avec et sous le Toi de l’autre" Toute affirmation de Dieu transcendant est une reconnaissance de l’élément transcendant, inconditionnel, qui existe dans toutes nos relations inspirées par l’AGAPÊ divine. (Cette Métaphysique de la Charité rappelle en fait les théories du Père Laberthonnière + en 1932). Dans Bonhoeffer se trouve bien l’affirmation : ”vivre dans le Christ signifie exister pour autrui”, que nous pourrions trouver admirable, si elle n’était assortie de cette autre : ”nous devons rejeter hardiment la prémisse religieuse, vivre dans le monde ’otsi Deus non daretur’ (même si Dieu n’était pas là) pour que l’Evangile reste vrai". 0n peut se demander ce que serait l’Ev. (voir conclusion) sans Dieu !!!
d) Pour les matérialistes : tout en niant Dieu, ils reconnaissant à la une sorte de transcendance matière "l’existence éternelle" qui est déjà (un mystère aussi complet que une existence hors du temps l’affirmation de Dieu... Et si nous regardons l’avenir : attendre des lendemains qui chantent, espérer en l’Evolution, en l’Homme, c’est espérer plus de Pensée, plus d’Esprit...peut-être un Esprit commun à tous les hommes ? La transcendance serait aussi au bout de l’évolution (Teilhard)

CONCLUSION : (Robinson p.164)”Le Dieu que rejettent les athées, celui en qui ils trouvent en toute honnêteté, impossible de croire, n’est trop souvent qu’une image de Dieu : non pas Dieu lui-même, mais une façon de le concevoir qui s’est muée en idole... IL EXISTE UNE REALITE ULTIME QUI SEULE IMPORTE : il nous faudra peut-être rejeter nos images traditionnelles d’un Dieu "là-haut"... ”nulle créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus” (Romains 8:39). Cette conviction c’est celle de tout mon être : et au fond c’est cela être chrétien ." Honest to Qod (Robinson p.162) ”La vérité fondamentale, c’est l’Evangile. L’Evangile chrétien reste en conflit perpétuel avec les images de Dieu qui sont enracinées dans l’esprit de l’homme, même chrétien. Ces images ont un but essentiel, celui de préciser l’inconnaissable, d’enclore l’inépuisable de permettre à l’homme d’aborder le problème divin et de lui fournir un point fîxe pour son imagination et sa prière. Mais dès que ces images tendent à sa substituer au divin, une nouvelle idolâtrie est née. Dans le monde païen il s’agissait d’idoles concrètes. Pour nous, il est question d’idoles abstraites. Le mental remplace le métal. Chaque idole, à tour de rôle, apparait puis s’évanouit ".
”Nous sommes liés à ce qui est la source, le support et 1e but de notre vie dans un RAPPORT qui n’a d’autre analogie que celle du Moi au Toi, avec cette différence que la liberté qui nous tient est celle d’une dépendance totale. Nous sommes totalement enracinés dans l’ amour. " 170.
”Tout véritable intelligence du divin est un sentiment à la fois de l’ultime et de l’intime, du mysterium tremendum et fascinans.” I7I "L’union de l’immanence et de la transcendance est la définition caractéristique de toute personnalité humaine ou divine” Macmuuray” Structure of religious experience” ”Mon Dieu, Tu étais là et je n’y pensais pas!" DIEU - à coup sûr - EST TRANSCENDANT – MAIS CETTE TRANSCENDANCE - N’EST PERCEPTIBLE – avec ou sans la Grâce - qu’en nous : donc DANS L ’IMMANENCE !
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