QU'EST - CE QU'UNE RELIGION ?
R.17
DIEU PEUT - IL ETRE TRANSCENDANT ?
par le Père Humbert BIONDI

Au sens habituel, "croire en Dieu” veut dire être convaincu de l’existence d’un ETRE DIVIN, suprême, séparé, distinct du monde dont Il est le Créateur. Sont ”théistes” ceux qui croient en l’existence d'un tel Etre ; sont ” athées ” (sans-Dieu) ceux qui nient son existence.
Cette ”séparation”, cette distinction de Dieu ET DU monde exprime traditionnellement LA TRANSCENDANCE DE DIEU. Cette notion de Dieu EXTRINSEQUE au monde est l'antonyme (contraire-inverse) de celle de Dieu INTRINSEQUE ou immanent au monde (notion étudiée dans la R.16).

I. QUELLE EST L’ORIGINE DE L’IDEE DE DIEU EXTRINSEQUE (transcendant) ?

C'est l’interférence,ds notre pensée sur Dieu, de notre espace et notre temps
a) La plupart des religions anciennes ont placé DIEU ("lumineux"cf.dies) DANS LES CIEUX : hors de portée de l’homme. C'est une première expression de la transcendance. Les astres étaient "les dieux”ou les symboles visibles des dieux d'en haut, inaccessibles - Au XVIIème même des cartes du Ciel situent au-delà des astres visibles les saints, les anges et Dieu Même si dans St Luc le ”Notre Père" ne comporte pas ”qui es aux cieux”, cette mention exprime moins une localisation de Dieu qu’ une certaine conception de sa transcendance. Les impressions religieuses de voyage de Gagarine, dans leur naïveté, (” je n'ai pas vu Dieu, ni les saints là-haut "), marquent la pauvreté scientifique et philosophique d’un certain clergé russe et des conceptions populaires russes ... qui étaient nôtres il y a 2 siècles ! En fait, pour bien des chrétiens Dieu est au-delà. de l’espace vers le haut ! Ainsi la transcendance de Dieu s'est transposée dans 1’ ESPACE.
b) La plupart des anciens philosophes (religieux ou non) ont résolu, imaginé, la CREATION comme un début absolu : avant que commence l’action de créer, DIEU EST SEUL . Et quand il crée, il crée hors de Lui, après Lui , a côté de Lui, quelque chose qui lui est EXTERIEUR : dans l'espace = a) et dans la "qualité de l' être", les ”créatures” ”naturelles" mais non divines. Cette opposition entre le Créateur et ses créatures, exprime encore, mais mieux , la transcendance divine . C'est en effet un gros progrès d’avoir compris que la distinction entre Dieu et le monde n’est pas d’ordre spatial ni temporel, mais dans l’ordre de la qualité d’être ! Dieu existe ”par soi” , la créature existe ”par Dieu” : c'est cela "être créé” cela veut dire n’exister qu’en tant que dépendant de Dieu, suspendu à Dieu en quelque sorte pour exister.
Note : on devinera facilement que cette conception de la Création-dépendance dans l’ordre de l’être ne craint même plus le problème de la MATIERE ETERNELLE : si cette matière est éternellement en dépendance de Dieu pour être, elle demeure parfaitement créature, et ne supprime pas Dieu ! Les matérialistes tendent toujours à établir que la matière est infinie en durée et en dimensions, espérant PAR CE POSTULAT , évacuer Dieu... Il n’en est rien car pour être, même éternellement, cette matière sera étern. en dépendance de Dieu !

II. AVONS NOUS ”L’EXPERIENCE" DU DIEU TRANSCENDANT ?

Par définition, un Dieu transcendant ne peut être qu' imaginé et non compris ! conçu comme possible et non pas oonstaté même par l’intelligence. Dieu en métaphysique (théodicée) est la seule explication plausible pour désigner l’explication du monde transcendante, extrinsèque à l’espace et au temps, et qu’on voudrait extrinsèque aussi, antérieure et extérieure aussi à toute penséo de l’homme : la conscience divine, la ”personnalité” divine, QUELQU'UN avec qui dialoguer par delà le temps et l’espace et pour l’éternité .
a) L'Eglise a défini (Vatican I ) que la raison peut démontrer l'existence de Dieu et ses attributs. Il n’est pas défini que notre raison puisse démontrer que Dieu soit QUELQU’UN : c’est l’objet de la Révélation, comme Dieu- Père. Comme toute Révélation ne se manifeste qu'en état d’attention à Dieu, en état de prière, c’est donc par une certaine CONSCIENCE que l’homme prend de sa dépendance avec Dieu que la Révélation devient possible. Certains hommes ont eu personnellement conscience d’avoir rencontré Dieu comme une CONSCIENCE PERSONNELLE, ou plutôt comme une bouleversante impression d’être dominés par une SUPER-CONSCIENCE paternelle, bienveillante et affranchissant de tout !
A condition de ne pas projeter sur Dieu nos idées sur ce que peut être une conscience hunaine, nous pouvons utiliser le mot "conscience” pour parler de Dieu. Mais cette expérience de oontact avec Dieu est telle qu’elle laisse la plus éblouissante et la plus authentique impression de TRANSCENDANCE. Mais cette transcendance est en quelque sorte IMMANENTE, puisque je la dé- couvre en l’homme ! C'est quand même en lui que l’homme peut la percevoir . Ce sont les expériences religieuses de ce genre qui ont poussé les esprits à projeter dans le temps et dans l’espace la transcendance éprouvée dans la prière.
b) Dans la tradition brahmanique, le Brâhman, désîgne ce que doit être Dieu, un ”possible', un ”imaginaire", ”prodigieuse généralisation” de nos idées : ”La notion de Conscience, de Personne divine peut sembler être une fiction, une construction mentale, sorte de projection par l’homme de sa notion du "moi” , dans le complexe causal, un dieu à l’image de l’homme”. Mais c’est pour réserver à Dieu le droit d’être au-delà de nos pensées et de ce que ns pensons ou imaginons, qu’est affirmé le Dieu transcendant dont les manifestations immanentes seules sont certaines. Le seul Etre suprême est la Vie, personnification de l’sxistant, rencontrable dans la. conscience, comme le "SOI" (c'est l’objet de notre R.16 : veuillez vous y reporter)
c) Mais mieux qu’ailleurs, c’est dans l’expérience spirituelle, démission de soi devant Dieu que s’expérimente la transcendance divine. St Jean de la Croix écrit : ”Le centre de l’âme, c’est Dieu". St Jean : ” Dieu est AGAPE (amour-don de soi) et qui demeure dans l’AGAPE demeure en Dieu et Dieu en lui”IJ.4-16 Cette expérience spirituelle finit par conduire à l’amour des hommes : ainsi Simone Weil :” Dieu a pensé ce qui n’était pas, et, par le fait de le penser, l’a fait être...Dans l’amour vrai, ce n’est pas nous qui aimons les malheureux en Dieu, c'est Dieu en. nous qui aime les malheureux ”.. (I54-56 Attente de Dieu) 'Allons chercher le Christ à l’hôpita.l ”déclarait Angèle de Foligne étonnée d’avoir communié sans ferveur sensible. Ainsi dans sa Charité ACTIVE, elle retrouva - sans illusion - sa joie spirituelle et l’expérience de Dieu-transc.


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