QU’EST - CE QU’UNE RELIGION ?
R.1
par le Père Humbert BIONDI
Pour comprendre par l’étymologie le sens du mot " religion " il faut bien se garder de chercher d’abord celle du mot " religio " latin. En effet la moins " religieuse " de toutes les religions est peut-être celle des romains ! le rapport de l’homme avec la divinité ne dépasse guère le "do ut des " ( je Te prie pour que Tu me donnes .. ). Le sens du mot " religio " (à rattacher à « relegere » et non « religare » = relier : lire deux fois par scrupule de ne pas avoir accompli parfaitement le rite efficace) est plus proche de la magie que de ce que nous croyons être notre religion actuelle.
Si en revanche on étudie l’étymologie grecque, nous trouvons que le mot religion en grec { Eusebeia) vient d’une racine SEB qui signifie : honorer, respecter, admirer ...ce qui n’exclut pas une certaine crainte religieuse, pudeur religieuse entendue au sens de respect.

1. TOUTE RELIGION VRAIE IMPLIQUE L’IDEE. D’UN RAPPORT AVEC LE SURNATUREL

Même la "religion- crainte " des primitifs (ou attribuée aux primitifs) suppose l’existence au-dessus de l’homme d’un univers spirituel ( Esprit ou esprits ou âmes des morts ). A plus forte raison les religions dites "supérieures" cherchent à expliquer, à sentir , à faire expérimenter, CE QUI RELIE l’homme à son Dieu . Elles cherchent à établir de quelle nature est ce LIEN SPIRITUEL : le christianisme dé finit par exemple par un rapport de f iliation, le genre de participation à l’Etre de Dieu que le Christ a proposé aux hommes.
Le but de l’étude des choses religieuses sera donc de nous rendre conscients de notre relation, de notre lien avec la divinité, et d’une certaine façon de NOUS RENDRE CONSCIENTS DE LA PRESENCE DE DIEU .
Le but de la religion en général sera finalement de rendre consciente, volontaire, cette liaison à Dieu, cette "Alliance" avec Dieu.

2. TOUTE RELIGION VRAIE SUPPOSE UNE INITIATIVE DE DIEU QUI SE REVELE

L’effort de l’homme à la recherche de Dieu c’est l’objet de l’histoire des religions . On a toujours vu dans les " connaissances surnaturelles" que manifestaient certains "voyants" , " sages", "prophètes", mystiques ou fondateurs de religion, philosophes (Platon expliqua les mythes de la re1igion grecque), le fruit d’une faveur - une grâce - de la divinité qui accorde à l’un et refuse à l’autre l’illumination de la Connaissance suprême .
On pourrait même dire que le premier homme digne de ce nom aura été celui qui le premier aura levé les yeux vers le ciel pour prier. Depuis presque toujours des hommes ont prié. "L’état de prière " a été la vraie première forme de "l’état de grâce" jusqu’à ce que la notion juridique de" justice" ou de "justification" soit venue perturber pour longtemps les idées religieuses occidentales.
Même ceux qui nient la possibilité pour Dieu de se faire connaître aux hommes ; soit qu’ils nient Dieu , soit qu’ils le déclarent existant mais inconnaissable, ceux donc qui refusent l’idée de Révélation, acceptent pourtant l’origine humaine des religions :
La Révélation est oeuvre d’hommes : les plus doués pour la prière, les plus intuitifs , les plus poètes , comprenaient davange les secrets de la structure spirituelle de l’homme et son rapport vrai ou supposé à Dieu, pour les expliquer ensuite aux autres .
Bouddha par exemple, sans vouloir donner sur Dieu lui-même un enseignement magistral, a donné aux siens un ensemble de procédés, de recettes spirituelles et morales qui permettent de se savoir et de se sentir en relation avec l’Etre, de prendre conscience de notre existenoe comme Dieu .
Mais dans la Tradition juive, chrétienne, musulmane, c’est à Dieu lui-même qu’est attribuée l’initiative de la révélation : Moïse, croyaient les Anciens, lisait en Dieu une sorte d’exemplaire divin de la Loi - Bible qu’il n’inventait donc pas ; Mahomet dira de même qu’il lisait en Dieu (comme un Prophète) l’exemplaire divin du Coran en dictant à ses secrétaires.Et Jésus lui-même utilisa une " Révélation" analogue "Nul ne connait le Père si ce n’est le Fils et celui à qui Il lui a plu de (se révéler)".

3. TOUTE RELIGION VRAIE IMPLIQUE L’EXISTENCE D’UN DIEU PERSONNEL

Parce que c’est dans un rapport de personne à Personne que Dieu se fait connaitre , se révèle , seuls sont arrivés à la religion supérieure ceux qui ont saisi 1eur rapport personnel à Dieu .
Il y a pourtant des étapes à gravir dans cette " co - naissance" de Dieu (comme écrivait CLaudel) :
Saisir la nécessité de Dieu créateur a été l’expérience prernière des hommes sur Dieu qu’on l’explique comme relation, une dépendance dans l’ordre de l’Etre comme les modernes ou comme l’acte divin de modeler l’argile primitive, l’intuition demeure la même : "Je ne puis songer . . . que cette horloge marche et n’ait point d’horloger" (Voltaire) .
Avoir des idées sur Dieu ce n’est pas encore être religieux : cela commence par la recherche d’une présence aimée que l’on devine par ses effets par la sollicitude divine providentielle des événements de sa vie, par 1e sentiment de la purification qui est en Dieu, pa r la certitude d’être "sauvé" gratuitement (Nuit de Pascal). Tout cela n’est possible qu’à celui qui attend Dieu ("avec gourmandise" disait Rimbaud), qui est attentif au spirituel - Faire attention à Dieu c’est déjà vraiment prier.

CONCLUSION : dans le contexte chrétien tout cela semble normal et vrai . Le croyant seul peut juger de la signification de Sa religion : de l’intérieur seulement on peut comprendre les intentions des rites et des prières ...et pénétrer le sens des mythes (imagination) comme des doctrines(intelligence).

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